dimanche 11 janvier 2026

Exposition Daniel Dezeuze, "Oeuvres récentes", Musée Paul-Valéry, Sète 2025

 

Exposition Daniel Dezeuze, Oeuvres récentes

Musée Paul Valéry, Sète

Du 29 novembre 2025 au 8 mars 2026

 

 


     Une esthétique de la précarité

 

 

  Daniel Dezeuze demeure un bricoleur de génie, usant d’une démarche à la fois conceptuelle et poétique. Toute son approche exploratoire consiste à avancer sur des terrains mouvants et à provoquer finement la réflexion du regardeur. Cette monstration d’œuvres récentes, couvrant la période de 2000 à 2025, ne s’inscrit pas dans le cadre d’une rétrospective, mais plutôt dans celui d’un état de recherches toujours en cours.

   La fameuse remise en question du tableau, avec l’œuvre phare de 1967, Châssis avec feuille de plastique tendue, éclaire de façon im-pertinente toute l’aventure de la dernière avant-garde française, dont il a été membre-fondateur, Supports/Surfaces. La question des Tableaux-écrans porte sur l’époque actuelle et demeure sans réponse comme l’énonce l’artiste :« Le tableau va-t-il survivre à l’extraordinaire multiplication des écrans ? » La série des Peintures qui perlent, le chant des oiseaux ouvre sur un paysage plus serein, parfois voluptueux où le tableau se déploie en volume. Les Diptyques ou Échelles chinoises font référence aux rouleaux de la peinture chinoise ancienne. Dezeuze affectionne et réinterprète avec finesse la pensée orientale, réintroduite dans sa contemporanéité.

Daniel Dezeuze, Chant d'oiseau rossignol Philomène (Peinture qui perle), 2008. Photo Pierre Schwartz, ADAGP, Paris, 2025.


  La série Tsimtsoum (mot hébreu), entrelacs de lattes de bois, se réfère à la Kabbale, signifiant l’expansion et la contraction du monde. L’utilisation d’objets utilitaires (présents au jardin, par exemple) traduit son appétit de la transposition. Les Tableaux-valises évoquent la déstructuration du tableau, Marcel Duchamp et ses déclinaisons portables, de type La Boîte-en-valise. Le côté coloré et quelque peu déglingué révèle un malaise, lié sans doute à l’actualité des migrants. La série des Blasons et Boucliers s’inscrit dans une parenté avec des œuvres plus anciennes, comme les Armes de poing et de jet. Si l’artiste convoque toujours indirectement Dumézil et Duby, il ne s’agit point d’une lecture littérale, mais d’un décalage entre le formalisme apparent et la pensée en action de l’artiste. Son Moyen Âge s’inscrit dans une modernité plastique très personnelle. Il en va de même pour les Icônes qui se réfèrent à Par une forêt obscure, œuvre de grande taille, créée en 1990 pour les vingt ans de Supports/Surfaces. Les espaces labyrinthiques questionnent à la fois l’espace, la verticalité et la place de chacune et chacun, entre vide et cloisonnement.

  Enfin, se manifeste une sorte de « grand décentrement » dans les Grandes calligraphies (cf. l’affiche). Un assemblage de skis surgit du vide et se déploie sur le mur, à l’image du pinceau inscrivant son trait rapide sur le papier. Avec Sainte Victoire (2021), Daniel Dezeuze suggère avec trois skis une potentialité cézannienne. La possibilité d’une confrontation s’efface devant l’évidence d’une pensée en action. Cette critique de la peinture se trouve contrebalancée par une grande maîtrise personnelle du dessin. Les dispositifs muraux sont des dispositifs mentaux, l’inachevé constituant une partie essentielle du discours critique comme lorsque tasseaux et crémaillères s’assemblent pour composer la série Mayas.

  Daniel Dezeuze ne continue pas simplement son travail de la fin des années 1960. Il le questionne, non par fétichisme, mais via des structures ouvertes où chaque élément devient signe. Il ne cherche pas à ennoblir le rebut, mais à le faire parler différemment, entre économie de moyens et représentation symbolique. Cet inachèvement programmé affirme sa position critique par rapport à la stabilité des formes chahutées par une époque toujours en mouvement. Plutôt que de simplement raconter le monde, l’artiste le pense.

                                                                                                                                                         Christian Skimao

 

 

 

 

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