Exposition
Philip Guston
L’ironie
de l’histoire
Rez-de-chaussée
de l’Hôtel Salé
Musée
Picasso Paris
Du 14
octobre 2025 au 3 mars 2026
L’énigmatique et incontournable Mr Guston
Philip Guston demeure un artiste insolite :
il a commencé du côté de la figuration, a poursuivi avec l’abstraction (Expressionnisme
abstrait) puis est revenu, avec délice, à une peinture liée à la
caricature. La monstration, assez sage, présente les diverses périodes, tout en
ne négligeant pas la série des caricatures de Nixon. Un autre partie, consacrée
à l’œuvre de Raymond Pettibon se trouve mise en parallèle avec la sienne, mais
ne se trouvera pas commentée ici.
Né Goldstein en 1913 à Montréal, de parents originaires d’Odessa, venus au Canada en 1905, il meurt en 1980 à Woodstock aux Etats-Unis, d’un infarctus, après avoir eu une violente crise cardiaque en 1979. Il adopte le pseudonyme de Guston en 1935, connaît la reconnaissance puis l’incompréhension avant de redevenir, depuis quelques années déjà, une référence pour la jeune peinture cultivée. Il réalise des peintures figuratives aux membres quelque peu exagérés, inspirées de Giorgio de Chirico et du Picasso néo-classique, comme Mother and Child (1930) ainsi qu’une fresque, John Reed Club Panel (vers 1931) évoquant un membre du Ku Klux Klan fouettant un noir (l’hydre renaissant sans cesse depuis son retour cinématographique en 1915, dans Birth of a Nation de D. W. Griffith et l’après-crise de 1929). Sa période muraliste s’accomplit en compagnie de créateurs mexicains et lui ouvre de nouvelles portes et une relation amicale suivie avec Jackson Pollock. Une importante reconnaissance arrive à l’époque de l’Action Painting, jusqu’à une certaine toile de 1969, Studio, où Guston se peint « encapuchonné » en train de se peindre en membre du KKK (cf. l’affiche du musée). Notons l’étrangeté des couleurs, avec des roses plus ou moins fanées, liées à des changements d’échelle (la main qui peint) nous contraignant à quitter toute référence stricte à la réalité. Cette mise en abyme d’une thématique chère à l’artiste, est à analyser avec précaution, comme nous prévient Guston : « Ce sont des autoportraits. Je me perçois comme encagoulé. Dans la nouvelle série de toiles de cagoules, je n’ai pas vraiment essayé d’illustrer, de faire des tableaux sur le KKK, comme c’était le cas auparavant. » Ainsi son retour à la figuration lors de l’exposition à la Marlborough Gallery déchaîne les passions de la critique. En témoigne le fameux article de Hilton Kramer, dans le New-York Times du 25 octobre 1970 intitulé « A Mandarin Pretending to Be a Stumblebum » (« Un mandarin qui joue les crétins »).

Philip Guston, Large Brush,1979. Aaron I. Fleischman Collection. Photo: Adam Reich ©The Estate of Philip Guston.
Cette réception journalistique affecte l’artiste,
le conduisant à partir en Italie en 1971, pour revisiter ses peintres favoris (Paolo Ucello, Pierro
della Francesca, etc.) à sa façon. Les pierres antiques et les objets du
quotidien acquièrent une nouvelle dimension existentielle, dans une massivité
où triomphe la couleur. The Street (1977) ou Large Brush (1979) présentent
une parenté certaine avec la bande dessinée. Dans les dernières séries, après sa
crise cardiaque, diverses acryliques resserrent le propos et le format sur un
essentiel plastique contenu dans un format presque carré. La grande série consacrée
à Nixon, Poor Richard (1971), se place résolument du côté de la
caricature, montrant le président « tricard » affublé d’un nez devenu
phallique. Encouragé par le travail littéraire de Philip Roth, qu’il fréquente
désormais à Woodstock, cette veine de dénonciation possède une grande énergie,
à la fois tragique et comique.
La notion de grotesque correspond pleinement aux
recherches de Guston. Elle permet également une référence à Picasso, du moins à
certaines de ses œuvres, justifiant ainsi la présence du rebelle américain dans
les locaux consacrés au dynamiteur de formes espagnol.
Christian Skimao

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