Festival
du dessin 2026
Viva l’Italia
Dans de nombreux lieux culturels d’Arles
Du 18 avril au 17 mai 2026
Irène Dacunha, Lanternes monumentales, 2017 à 2023
Dessiner,
mais pourquoi pas…
Pour cette quatrième édition du Festival du dessin,
la thématique générale annoncée est certes l’Italie mais accompagnée d’une
proposition toujours très éclectique, dans des lieux du centre ville, affectés aux
manifestations culturelles.
Débutons avec une outsider talentueuse, Irène
Dacunha et ses lanternes monumentales à l’église Saint-Blaise. Dans cet
endroit, souvent dévolu aux expositions les plus inventives, ses lanternes monumentales,
légèrement éclairées de l’intérieur, laissent voir des représentations de mammouths,
d’aurochs, d’humains qui nous offrent un parfum de nostalgie des origines
et d’une préhistoire rêvée.
Revenons
à la thématique italienne annoncée où des dessins de trois grands créateurs, un
romancier et deux dessinateurs de BD, présentent dans un genre très différent
leur production. Guido Crepax et ses cases érotiques, Lorenzo Mattotti et ses
scènes de guerre, Sous les bombes, proches de l’expressionnisme, enfin
le romancier Dino Buzzati, qui s’est toujours voulu peintre (salle Henri
Comte). Une importante sélection se trouve à la Chapelle du Museon Arlaten. Si
l’on connaît la série des Prisons imaginaires de Piranèse, il existe la
surprise de découvrir des croquis du grand Pier Paolo Pasolini et d’autres de
Fellini sur ses tournages. Enfin, des dessins prêtés par la Collection Ramo de
Milan déclinent les grands mouvements picturaux italiens : Umberto Boccioni,
Carlo Carrà, Fortunato Depero, Gino Severini pour le Futurisme ; Giorgio
De Chirico pour le Surréalisme ; Pierro Manzoni pour l’Art conceptuel ;
Gioanni Anselmo pour l’Arte Povera, ; Mimmo Paladino pour la Trans-avant-garde,
pour ne citer qu’eux. Ailleurs encore, mention spéciale pour Chiara Gaggiotti
et son œuvre silencieuse, presque « méditative ».
Christian Boltanski, installation Animitas..., 2017
À l’église Sainte-Anne, une autre collection
de choix, celle de Marin Karmitz, sous l’intitulé assez ironique Et la vie
continue… présente, évidemment, une très intéressante sélection d’œuvres. L’installation
sublime, adjectif trop souvent dévoyé, mais ici au cœur de l’expérience
humaine, de Christian Boltanski, disparu en 2021, Animitas (blanc), île
d’Orléans Canada comprend son film avec 800 clochettes japonaises balancées
par le vent, dont le tintement évoque « la musique des astres et la voix des
âmes flottantes. » Elles dessinent la carte céleste du jour de naissance de
l’artiste, le 6 septembre 1944. Un hommage discret à Stéphane Mandelbaum, découvert
l’an dernier dans la collection d’Antoine de Galbert, pour mémoire assassiné en
1986, avec L’Empire des sens, d’après le film éponyme. Et puis de
nombreux dessins de grands noms, de Louise Bourgeois à Andy Warhol, en passant
par Bernard Dufour, Oskar Schlemmer, et tant d’autres. Un érotique d’Yves
Tanguy pourrait évoquer le livre au contenu similaire de Benjamin Péret, Les
rouilles encagées.
Au
musée Réattu, un prêt de la Bibliothèque Nationale de France, nous fait découvrir
un « célère inconnu » : Nicolas Lagneau, illustrateur français, ayant
vécu entre le 17ème et le 18ème siècle, et ses modèles
presque vivants ; dans le même ordre d’idées, l’architecte Jean-Jacques Lequeu
(1757-1826) qui n’a rien construit de son vivant mais réalisés des plans
fantastiques et des portraits mystérieux comme Le grand bailleur. Sans
oublier le grand Théophile Alexandre Steinlen et sa reprise des Danses
macabres du Moyen Age. A la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, des dessins terribles
de l’artiste autrichienne d’origine rom, Ceija Stojka (1933-2013) qui relatent
sa déportation, âgée de 10 ans, par les nazis, lors du génocide, Samudaripen en
romani. Ces œuvres tardives et son récit donnent une représentation de sa
situation dans un décalage temporel très saisissant ; en effet comment
rendre compte d’une expérience vécue à dix ans lorsqu’on se trouve aux
alentours de la cinquantaine. Une exposition au musée des Beaux-Arts et
d'archéologie de Besançon (Doubs) se tient jusqu'au 21 septembre 2026. Au Croisière,
Ofer Joseph, artiste israélien, a réalisé des dessins effrayants et redoutables
dans la tradition goyesque. Formé à Paris, il s’est aussi consacré à de saisissants
dessins de félins en séjournant longuement en Amazonie. Enfin à la fondation
Lee U Fan une belle exposition de la sculptrice Germaine Richier avec ses
insectes, dont la Mante religieuse rouge. Des séries d’Eve Gramatzki,
artiste rare, qui travaille très subtilement les effets chromatiques rythmés
par des tracés à la mine de plomb. Hélas, un problème d’éclairage sans doute
lié aux verres de protection, rend très peu perceptible cette monstration, ce
qui est fort dommage.

Dessin de Jean-Jacques Lequeu, prêt BNF
Pour terminer, une suggestion concernant
l’exposition de ladite « Jeune garde », soit les étudiants de trois
écoles d’art (Paris, Florence, Athènes) au rez-de-chaussée de la Chapelle du
Méjean : le surnombre d’œuvres conduit à un échantillonnage peu convainquant.
L’hétérogénéité liée à cette situation crée une dilution du regard. Ne
vaudrait-il pas mieux réaliser trois expos personnelles pour chaque candidat ou
candidate issue de chaque institution, après une sélection interne ?
Christian Skimao









