Exposition
Tursic & Mille
Dissonances
à géométries variables
Carré d’art-musée
d’art contemporain, Nîmes
Du 25 avril
au 11 octobre 2026

Tursic & Mille, The Yellow One, 2026. Courtesy Galerie Max Hetzler.
1+1 = 3
À la dénomination énigmatique
de Tursic & Mille, correspondent deux artistes très talentueux et très attachants,
Ida Tursic et Wilfried Mille, ce qui explique la présence de trois entités dans
la résolution de mon opération qui sert de titre. Depuis 25 ans désormais, ils œuvrent
dans un champ complexe de distanciation et de réflexion sur l’art et le monde.
Loin de cette « figuration figurative » qui revient, le duo travaille
sur des images et des figures en cours de définition. Leur mise en scène, très
conceptuelle, joue avec des poncifs, décentrements, légendes, etc. pour aboutir
à la construction subtile d’une narration cultivée.
Hélène Audiffren, commissaire de l’exposition,
a pensé à investir l’ensemble du musée. Dès l’entrée, une œuvre énorme Framed
Landscape (2017) accueille le public, mais à rebours : il faut descendre
le grand escalier dans le sens de la sortie pour découvrir les cinq panneaux
montrant le délabrement du grand sigle HOLLYWOOD, dans les collines de Los
Angeles ; en entrant dans le bâtiment, le regard heurte la scène arrière,
les coulisses. Un bichon peint sur bois, un peu ridicule et hors d’échelle, sert
de contrepoint au tragique de la ruine. Au premier étage, huit panneaux en bois
représentent un coucher de soleil en Technicolor Still-Life (Sunset) de
2020, et dialoguent avec la grande sculpture permanente d’Ugo Rondinone. Enfin,
au second étage, des plaques offset servent de Palettes (2006-2026), tandis
qu’une réalisation en forme de rébus d’Ida Tursic, réalisée par elle seule en
1995, nous interpelle : Autoportrait (1995) où sa composition propose
une auto, un porc de grand format et un trait de peinture noire :
CQFD !

Tursic & Mille, Eden, 1999-2009, huile sur toile. Collection particulière.
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Les diverses salles, aux noms à la fois
épiques et polémiques, allant de « Salle Bonheur » à « Salle
Rose » en passant par « Salle Obscénité » ou « Salle
Barbouilles » déclinent le faire savoir de Tursic & Mille. Une
peinture comme Eden (1999-2029) joue avec les codes de la publicité :
elle met en avant la séduction d’un mâle sûr de lui tout en introduisant le
stéréotype de la pin-up que l’on retrouvera, en plus tragique, avec Betty Page,
(About Betty de 2023, certes traitée différemment car les taches et les
bandes d’adhésifs également peintes, montrent la mise en abyme). Sur fond
bucolique alpin, l’héroïne, elle aussi en train de fumer, semble déguisée en Heidi
tandis que des caniches parsèment la scène. Nous glissons d’une publicité pour
le tabac vers une dénonciation du rêve occidental. Un ordinateur Apple s’immisce
dans l’ensemble ainsi que les légendaires canettes Heineken (pour les étoiles :
« stars ») qui glamourisent la scène, alors qu’une sorte de Pac-Man
rouge, dialogue avec un dinosaure vert. Le « kitsch » général s’insère
dans une représentation de stéréotypes, eux-mêmes dynamités par la manière de
peindre qui interroge une fois de plus la stratégie du « bien peint, mal
peint » : Gasiorowski ne se trouve jamais très loin.
Comme l’annonçait le titre de la monstration,
nous nous trouvons en présence d’une dissonance, à la fois formelle et
structurelle. Mélancolie de 2025, présente une jeune femme, en robe
bleue, songeuse, assise sur un canapé, entourée d’une forêt en flammes. Par cette
évocation, à la fois faussement romantique et réellement alarmiste se trouvent
présents de nombreux enjeux de la contemporanéité. Ainsi la fameuse phrase de Jacques
Chirac, « notre maison brûle et nous regardons ailleurs »,
métaphorique au départ, trouve une résonance avec les grands incendies de la
Côte Ouest des USA, tandis que le tableau en question pourrait également
évoquer autre chose. Tursic & Mille créent des œuvres exploratoires et
explosives grâce à une pensée en action qui jamais ne s’arrête.
Christian Skimao
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