Rétrospective
de
Georges Rousse
Espace
Louis Feuillade, Lunel (Hérault)
Du 27 juin
au 26 septembre 2026
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| Georges Rousse, Lunel, impression photographique, 2026 |
Des
réels irréels
Georges
Rousse, l’un de nos grands artistes français, né en 1947, travaille depuis de
nombreuses années sur la thématique de l’anamorphose. La mise en scène générale
d’une trentaine d’œuvres propose un parcours à la fois didactique et ludique.
La grande salle d’entrée, lumineuse, propose de grands formats ainsi qu’une
réalisation spécifique (nous y reviendrons plus en détail). La deuxième salle
se trouve plongée judicieusement dans la pénombre, masquant les murs tout en focalisant
le regard sur les photographies. Enfin, des projections explicatives de films prennent
place dans une autre salle, pour inviter le public à mieux cerner la démarche
de l’artiste.
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| Georges Rousse, Chambord, 2011. |
Concernant son approche, l’artiste opère dans
des lieux de tous types : des bâtiments historiques, privés mais surtout
des friches industrielles ou des lieux en déshérence. Il y effectue des
repérages, puis réalise des travaux de transformation, de bricolage, mais aussi
de peinture, créant ainsi un nouvel espace propice à sa recherche finale.
L’acte photographique termine son travail, grâce au choix spécifique d’un point
de vue. Celui-ci oriente le résultat final et crée l’anamorphose, bouclant la
boucle. Seule la photographie finale rend compte de sa démarche globale. Avec Chambord
(2011), réalisée dans les combles du château historique, Rousse prend pour
point de départ la charpente, mais évoque une vague, en référence à l’escalier
à double révolution imaginé par Léonard de Vinci. La trame en bois laisse
apparaître l’architecture en transparence, tandis que sa couleur jaune et sa
forme en croisillons ouvrent de nouvelles perspectives. À l’arrivée, une
photographie de grand format nous procure l’illusion de ces transformations. On
songera à la tête de mort en anamorphose des Ambassadeurs d’Holbein,
analysée notamment par Jurgis Baltrušaitis, ainsi qu’aux textes critiques de
Michel Butor et de Jacques Lacan sur le sujet. L’approche de Georges Rousse se
trouve également irriguée par des références à Kasimir Malevitch avec Carré
noir sur fond blanc, au Land Art et à l’art éphémère.
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| Georges Rousse, réalisation préparatoire pour Lunel, 2026 |
Revenons à la première salle, comme annoncé
plus haut : s’y trouvent la photographie (en fait l’impression
photographique) d’une construction colorée avec des damiers savamment orchestrés,
sobrement intitulée Lunel, et en face, la réalisation matérielle de
cette œuvre. Un sigle au sol indique au public l’endroit exact depuis lequel il
faut regarder pour percevoir l’anamorphose finale. L’utilisation de
l’architecture est optimale, tout comme celle des lignes de force pour obtenir
cet angle inédit. Cette œuvre éphémère, réalisée spécialement pour la monstration,
présente à la fois la construction et l’aboutissement de celle-ci, dans un
renversement totalement limpide.
Christian Skimao






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