Les
Rencontres de la photographie, Arles 2026
Lee Shulman et Omar Victor Diop
The Anonymous Project Being There
Ancien
Collège Mistral..
Du 8 juillet
au 4 octobre 2026

Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, après. Arles 2026 
Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, avant. Arles 2026
Le retour du refoulé
Une exposition captivante qui tourne autour
du politique, du psychanalytique et de l’humoristique. Dans les salles
désaffectées de ce lieu étrange, l’ancien Collège Mistral, des photographies
américaines des années 1950-1960 sont présentées dans une certaine pénombre, au
sein d’un intérieur plus ou moins reconstitué. Des scènes familiales et de
rencontres amicales jouent avec le banal, le normal, l’ennui, à travers une
mise en scène de la réussite sociale et du bonheur « climatisé »
(« cauchemar » pour un certain Henry Miller). Cherchez l’intrus dans
cet océan de normalité : l’apparition permanente du même homme noir,
élégant, détendu et intégré dans un univers de ségrégation raciale et sociale.
Très vite, cette présence
« incongrue » pour l’époque (pour aujourd’hui ?) au sein de
cette « coolitude » jouée sollicite notre réflexion. L’introduction
de la normalité crée une forte perturbation, car l’œil focalise rapidement sur
cette présence répétitive, incarnée par Omar Victor Diop (également photographe,
travaillant la thématique des autoportraits) et mise en scène par Lee Shulman,
qui a peu à peu a constitué une énorme collection de diapositives anciennes
réalisées par des anonymes. Ces prises de vues actuelles, réalisées en studio
par Shulman et son équipe, se trouvent introduites avec brio, dans les photos
d’époque. Diop se trouve souvent à la place laissée vacante par le photographe,
dans des lieux familiaux, conviviaux ou encore dans certains paysages. Le
travail sur le grain et les textures des photographies originales est parfait.
Le soin apporté à la mise en images permet au public de vivre ce laps de temps
durant lequel il se demande ce qui est vrai et ce qui est faux. Un film
explicatif, présenté à l’extérieur du dispositif, montre les diverses phases de
création du duo.
Évidemment, la présence d’un homme noir dans
la middle class blanche de l’époque, relève de l’impossibilité. Il y a aussi la
question des couples mixtes (homme-femme) qui posaient d’insolubles problèmes à
ceux qui désiraient contourner les stéréotypes raciaux : la loi, le regard
des autres, la bêtise, la haine, la violence, etc. La tension entre le non-dit
historique et la possibilité d’une insertion nous fait entrer dans une sorte de
politique-fiction déstabilisante. On voit hélas aujourd’hui, aux États-Unis,
comment la perception de la communauté noire par certains dirigeants conduit à
des meurtres. L’exposition séduit à tous les niveaux et des échanges ont
effectivement lieu entre les visiteurs. Le rire cache le trouble, ce dernier
devenant un moteur d’interrogation jusqu’au moment de la révélation.
Une question nous taraude cependant : serait-il
possible d’introduire une femme noire dans ce contexte américain des
années 1950-1960 ?
Christian Skimao

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