Expositions
d’été 2026
Le
murmure des Libres avec Shilpa Gupta, Jumana Manna, Geumyhung
Jeong
Stories for a body de Kim Gordon
En
attendant ton retour de Melika Saheghzadeh
Collection
Lambert, Avignon
Du 24 mai
au 20 septembre 2026

Jumana Manna, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026
Femmes
au bord de la crise de civilisations
Une trilogie féminine « murmure » et
balaye des zones géographiques allant, pour nous Européens, du Proche-Orient (Jumana
Manna, palestinienne), à l’Extrême Orient (Geumyhung Jeong, coréenne), en
passant par le sous-continent le plus peuplé du monde (Shilpa Gupta indienne).
Un autre périple se poursuit vers l’Ouest avec Kim Gordon (américaine).
Jumana Manna propose des constructions en
céramique sur des grillages reposant sur des parpaings en cours d’effritement, Family,
série Cache (2022). Ces formes, plus ou moins polymorphes, travaillées de
façon très sensuelle, cuites au four et recouvertes de tadelakt s’inscrivent
dans un rapport entre le bâtiment et la famille. À l’origine, l’artiste
questionne la khabya, une méthode traditionnelle de conservation des
grains dans les maisons. Des morceaux de pain, factices, de toutes origines,
agonisent doucement, se couvrant de fausse moisissure et présentant un aspect
de décomposition. Cette symbolique d’un monde en fragmentation se retrouve
aussi dans le film Foragers, qui met en lumière les tensions entre
modernité et tradition, sur fond de luttes entre deux communautés, pour la
terre et ses produits, ici le za’atar (thym) et l’akkoub (artichaut)
sur le plateau du Golan.

Shilpa Gupta, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026
Shilpa Gupta propose, d’un côté, une série de
dessins représentant des forces de l’ordre de divers pays, sans qu’il soit
possible de les reconnaître exactement, en train d’embarquer des manifestants. Ces
derniers disparaissent aussitôt de la scène, formes vides, qui participent à leur
invisibilisation. Ce procédé simple et redoutablement efficace, nous prépare à l’installation
Listening Air. Des microphones, suspendus au plafond, se transforment en
haut-parleurs qui diffusant des chants de résistance de différents pays. Une
chanson, d’après un poème de Faiz Ahmed Faiz, poète pakistanais, en ourdou se
trouve également chantée en hindi, en Inde. Nous sommes surpris de reconnaître Bella
Ciao, chant des repiqueuses de riz de la plaine du Pô, devenu hymne des
partisans italiens pendant la guerre civile italienne de 1943 à 1945 et la fin
de la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, la jeunesse occidentale l’a continuellement
repris lors des manifestations. Dans cette obscurité complice, faiblement
éclairée, les voix du monde redonnent espoir.

Geumyhung Jeong, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026
À l’étage, Geumyhung Jeong occupe l’ensemble
avec des tables de dissection, si j’ose dire, avec des reproductions d’os
humains et des mécaniques robotiques, parfois mêlées au sol. Intitulée Under
Construction, cette vaste installation propose donc une hybridation impressionnante.
Un atelier et de nombreux écrans de contrôle offrent un cadre évolutif et se
prêtent à de possibles performances où l’artiste remplit divers rôles : celui
du savant fou, de l’ingénieur sachant, de l’artiste maudit ou encore de la
danseuse du futur. Un ballet de possibles où même l’échec offre un renouveau
poétique pour le public.

Kim Gordon, installation, vue partielle, Collection Lamber, 2026
La grande Kim Gordon, artiste historique, a
été membre fondatrice du groupe Sonic Youth, plasticienne, performeuse, critique,
etc. et occupe la totalité des salles du sous-sol. Dix années de productions récentes
s’y trouvent : des peintures-manifestes sur toiles, au mur ou par terre, The
Promise of Originality (2010), des gestuels réalisés à même le mur, un amoncellement
d’écrans mimant un bûcher, The Bonfire (2019), des peintures référencées
, Lay Down Thy Limbs (2019) et d’autres vidéos à voir dans le cadre
d’une démonstration plastique avec guitare, Jeanetta and Alex (2026).
L’ensemble nécessite de se laisser happer par toutes ces facettes qui montrent
un monde déboussolé et kaléidoscopique. De petits buissons verts, en plastique,
délicieusement horribles, ponctuent la visite, allusion à la pseudo-nature
présente dans les malls américains.
Pour conclure, la création d’un espace nommé « Antichambre
de l’été », coup de projecteur sur de jeunes artistes locaux : Melika
Saheghzadeh avec En attendant ton retour. Iranienne, elle présente,
autour d’une thématique de l’habitation, une association entre des grenades blanches
en plâtre, certaines fracassées et posées au sol, et 80 gabarits d’ébénisterie,
en suspension, accompagnés de poèmes de l’artiste. L’ensemble flirte entre mélancolie
et puissance des contes.
Christian
Skimao

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