Réattu
réinventé Une approche nouvelle du musée
Musée
Réattu, Arles
Du 6
décembre 2025 au 29 mars 2026

Germaine Richier, Le Griffu (1962) et Rachel Théret, 12 études de nu (1980-82), Musée Réattu, 2026
Un cocktail à déguster
sans modération
Il y a quelque de passionnant et d’émouvant à
redécouvrir dans un musée. Le réagencement contemporain du Réattu offre de
nouvelles perspectives et des angles inédits au regard qui circule. La nouvelle
mise en scène des périodes de l’histoire de l’art crée des correspondances
surprenantes : une grande partie du musée explore des thématiques majeures,
tandis que le parcours introduit des nouveautés. Ainsi, la grande Katerina Jebb
présente ses Untitled Nudes, fragments de corps recomposés qui
interrogent la représentation des femmes dans les peintures célèbres et instaurent
une distance volontaire. Tout en haut du musée, une autre série, Arlésiennes,
propose des portraits de deux reines d’Arles, accompagnées de leurs demoiselles
d’honneur, photographiées en pied avec un scanner tenu à bout de bras. Le
résultat donne des images hiératiques, presque irréelles et sans doute
immortelles. La Chambre d’écoute, au même niveau, accueille Métamorphoses
de Julie Rousse, installation sonore multicanal de grande qualité sur les
variations du Rhône. Cette volonté d’approfondir le champ du sonore, souvent négligé,
se retrouve dans les salles basses, où la sculpture sonore Acoustic
Catacombs de Hanna Hartman dialogue avec un Pluton de Jacques Réattu,
d’après Charles Joseph Natoire. Une plate-forme rouge invite à se déchausser pour
éprouver les vibrations de la cité.
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| Jean-Pierre Formica, Traverser l'Histoire, Musée Réattu, 2026 |
Dans les
relations tissées entre les salles, notons dans la partie « Représenter le
corps », une sculpture de Germaine Richier, le Griffu en conversation
avec 12 études de nu de Rachel Théret ; ou encore La Vision de
Jacob de Réattu face à la série Oda du grand Javier Pérez, qui conjugue
le corps et la jument noire. « Réfléchir le portrait » réunit portraits
peints et photographiés, dont plusieurs réalisés de Yousuf Karsh, à commencer par
son Hemingway. Dans « réinventer le paysage », un Paysage
des environs de Rome de Réattu converse avec Caroline Duchatelet et son Mercredi
4 novembre 2011 et Astrid de la Forest avec Fresque. Dans le cadre
de « Repenser les images » se trouve l’époustouflant travail
photographique de Corinne Mercadier, La Suite d’Arles, réinterprétation hallucinée
du mythe de la boîte de Pandore et la vidéo apocalyptique Main-Stream-Memory,
d’Ugo Schiavi et Jonathan Pêpe, qui imagine une Arles de synthèse emportée par
la montée des eaux (son exposition personnelle de 2021, Gargareôn, avait
été commentée sous l’intitulé Monstres à tous les étages). Jean-Pierre
Formica, avec Traverser l’Histoire, a eu la chance d’installer ses
colonnes tarabiscotées et ses fragments indéfinis, dans un espace qualifiable de
chaland ou de barge, du moins matérialisé au sol comme tel, aux côtés des incroyables
toiles inachevées de Réattu et Fabre. L’Histoire racontant des histoires qui
deviendront historiques dans un mouvement dialectique. Et toutes les autres
salles, avec tous les autres artistes,…
Christian Skimao


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