Exposition Saodat Ismailova
Amanat,
La forêt sacrée
Les
Forges, LUMA Arles
Été 2026

Saomat Ismailova, Amanat (image), LUMA Arles, 2026
Des
cultures évanouies
Saodat Ismailova est une artiste d’origine ouzbèke
qui travaille à Paris. Reconnue à l’échelle internationale, son travail se
trouve également exposé dans de grandes institutions françaises. Le titre
générique de l’exposition Amanat, La Forêt sacrée comprend le film,
des installations ainsi que d’autres œuvres qui l’accompagnent. La vidéo monocanale
Amanat (2026) dont le nom vient du persan et des langues turciques,
explore la notion d’héritage et de transmission à travers une légende liée au
mystique Arslanbob et à la forêt qui porte son nom. Porteur d’une graine de
dattier sous la langue durant des années, il cherchait à qui la transmettre et
trouva un enfant de sept ans qui deviendrait un mystique très connu du 12ème
siècle, Ahmad Yasawi. La forêt, désormais peuplée de noyers, aux potentielles vertus
hallucinogènes, demeure aussi un lieu bien réel d’exploitation de ses
ressources. Entre réalité et légende, l’artiste tisse un matériau mémoriel d’une
grande richesse. Une installation composée de trois petites sculptures en or
symbolise le parcours de la graine à la noix, réelle, en passant par les récits.
Par endroits, des matelas traditionnels, invitent le public à glisser plus
aisément dans le songe des images.

Saodat Ismailova, Arslanbob, vidéo (image), LUMA Arles, 2026
D’autres vidéos accompagnent le récit principal
de l’artiste. Haunted (2017) évoque la disparition du tigre de Turan,
jadis présent en Iran, en Turquie et dans le nord-ouest de la Chine. Présumé
disparu, il subsiste pourtant, ou du moins son fantôme, comme le suggère le
titre, sous la forme d’un animal naturalisé, dans certains musées locaux. L’animal
acquiert ainsi un esprit légendaire, symbolisant le bouleversement des paysages
où il chassait. La nostalgie se mêle intimement au récit de cette disparition.
Dans un esprit proche, Swan Lake (2025) entrelace des extraits de films
soviétiques consacrés aux anciennes « républiques musulmanes », comme
on disait alors, jusqu’à leur indépendance. Enfin, dès l’entrée, As We Fade
(2024), installation vidéo à deux canaux, condense le temps à travers 24
longueurs de soie suspendues, en écho aux 24 images par seconde du cinéma. Deux
mondes se déploient de part et d’autre : celui de la montagne Sulaiman-Too,
aujourd’hui, et celui des séquences de pèlerinage de 1929.

Saodat Ismailova, installation-projection As We Fade, LUMA Arles, 2026
Beaucoup de choses se jouent ici, plus ou
moins perceptibles pour nous, dans cet entrelacs de références et de légendes, d’histoires
et d’Histoire propre aux espaces centrasiatiques. La politique affleure en
filigrane, tant l’ère soviétique a profondément transformé ces sociétés, mêlant
paradoxalement promesse d’émancipation et oppression massive. Saodat Ismailova
travaille sur une écologie de la nature et des esprits, la transmission et la
disparition, sans jamais imposer son point de vue. Les désastres actuels
proviennent en partie des désastres passés, et le vide culturel qui en résulte aboutit
à une grande tristesse, liée à un désarroi certain. Il nous reste en mémoire la
poésie et la magie des images, à la fois évanouies et ressurgies.
Christian Skimao
















