Exposition
François Morellet, 100 pour cent
Centre
Pompidou-Metz
Du 3 avril
au 29 septembre 2026
FM, cent ans déjà…
Dans le cadre du
centenaire de la naissance de François Morellet (1926-2026), le Centre
Pompidou-Metz propose une très importante rétrospective de l’œuvre de l’artiste
dans la Galerie 3. Commençons par une sortie du musée avec la présence d’une
reconstitution, visible depuis l’institution, d’une installation au
Technicentre SNCF avec 4 trames 30° - 60° - 120° - 150° partant d’un angle
du mur. Intervalles : hauteur du mur
(1977-2026). Elle permet de se remémorer ses interventions in situ et ses
commandes publiques (ex. Le Grand M à Montpellier en 1986).
Dans les salles, se trouvent de nombreuses
peintures du début, peu souvent exposées, qui montrent l’évolution allant des
figurations initiales à l’abandon de la peinture sous sa forme traditionnelle,
comme cette toile figurative assez mystérieuse, avec buste et tentures de 1941.
En 1950, puis en 1951, il se rend au Brésil et découvre les recherches de Max
Bill (première rétrospective de l’artiste suisse au Museo de Arte de São Paulo
en 1951 ) qui donneront naissance à des toiles abstraites puis à d’autres
qualifiables de systématiques (Violet-bleu-vert-jaune-orange-rouge de
1953). La fameuse phrase de Morellet va désormais irriguer l’ensemble de son
travail à partir de cette date : « Fils monstrueux de Mondrian et
Picabia, j’ai développé depuis 1952 tout un programme de systèmes aussi
rigoureux qu’absurdes. Membre fondateur du GRAV (Groupe de Recherche d’Art
Visuel) en 1961, avec Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Francisco Sobrino,
Joel Stein et Yvaral (fils de Vasarely), il devient l’un des protagonistes du
courant optique et cinétique. Adieux pinceaux, « veau, vache, cochon,
couvée »,… bonjour « fée électricité » sera le nouveau mot de sa
recherche avec 64 lampes, allumage avec 4 rythmes superposes, 1963.
| François Morellet, Violet-bleu-vert-jaune-orange-rouge, 1953 Huile sur bois, 80 x 80 cm Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, AM 1985-494 © Adagp, Paris, 2026 Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI Audrey Laurans Dist. Grand Palais Rmn |
Après 1968, année de la dissolution du GRAV, apparaissent
les séries au néon, partiellement influencées par Dan Flavin. Dès lors, Morellet
s’intègre au courant international de l’art minimal et conceptuel, avec des
références comme Ellsworth Kelly, Frank Stella et Sol Lewitt, tout en gardant une
singularité époustouflante grâce à un humour décapant. En 1972, une œuvre 2
néons 0°-90° avec rythmes interférents, annonce la couleur, si l’on ose
dire. L’intervention de références mathématiques crée un nouvel espace de
perception dissociative. Le néon va revenir souvent par la suite, dans les
années 1980, parfois en une sinuosité sournoise avec Lamentable Ø 5m bleu
de 2005, mais aussi en déclinant π dans un baroque assumé ( π barocco n°1 rouge, 1
=45° (angles du même côté), 7 éléments )de 2001.

Couverture du catalogue de l'exposition, 2026
Les
constructions mathématiques servent de support à un onirisme permanent et
ouvrent de nouveaux champs exploratoire. Certaines séries convoquent les trames,
d’autres jouent sur l’espace comme Carré (miroir) plié (coupé) a 90° en 2
parties inégales de 1982. D’autres mélangent nature et culture comme les Geometree,
qui associent branche et fusain sur papier (Geometree n°103 de 1985). Le
grand talent de Morellet lui permet de mélanger rigueur et « rigolade »
pour obtenir un cocktail décapant et exigeant mais paradoxalement débonnaire. Contrairement
à d’autres créateurs de même niveau, son art n’est jamais froid, sa démarche
jamais hautaine mais toujours emprunte d’une bienveillance amusée. Le jeu de
mots et le jeu des nombres concoctent un cocktail qui ne laisse pas insensible
le public. La contemporanéité des matériaux utilisés aux différentes époques de
sa carrière ne l’a jamais enfermé dans un art contemporain, parfois trop
éloigné de la réalité de chacune et chacun. François Morellet possédait une
élégance certaine jointe à une modestie non feinte : la classe des grands
créateurs, dirions-nous…
Christian
Skimao
PS
Concernant le catalogue 100 pour cent et sa rubrique « Chronologie »,
j’aimerais ajouter un complément d’information pour l’année 2001. Si les
interventions avec adhésifs au musée Fabre de Montpellier se trouvent bien
évoquées, elles appartiennent à une exposition globale nommée Discrètement
qui comprenait également des Défigurations. Parallèlement, une
exposition distincte, Carrément, se tenait au Carré Sainte-Anne comprenant
des Trames et Fragmentations et une déclinaison de π. Enfin la fin
de la réhabilitation de l’œuvre monumentale du Grand M se déroulait conjointement
à Montpellier. Un catalogue paru à l’époque en témoigne.







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