Exposition SUSPECTS
Van Gogh, Trickster and Co.
Avec Leigh Bowery, Anna Byskov, Ellen Cantor, Luciano
Castelli, Maurizio Cattelan, Nina Childress, Lucien Clergue, Mathis Collins, Clément
Courgeon, dit Triboulet, Gino de Dominicis, Robert Filliou, Fergus Greer, Cameron
Jamie, Mike Kelley, Martin Kippenberger, Nick Knight, Arnaud Labelle-Rojoux, Maria
Lassnig, Mire Lee, Jacques Lizène, Sarah Lucas, Urs Lüthi, Christopher Makos, Pierre
Molinier, Bruce Nauman, Philippe Perrot, Pablo Picasso, Salomé, Cindy Sherman, Walter
Swennen, Andy Warhol, Vincent van Gogh
Fondation
Vincent Van Gogh, Arles
Du 22 mai
au 18 octobre 2026

Martin Kippenberger, Heavy Lad (vue partielle), 1991, exposition FVVG, Arles, 2026
Artistes
non coupables dans un hachoir disert
Le « trickster » est un personnage
qui bouscule l’ordre établi en le déréglant plus ou moins. Ce sous-titre de
l’exposition le rend « suspect » aux yeux de la bonne société. Rien
de mieux que la présentation de la pétition originale de certains habitants de
la ville d’Arles pour demander l’« extradition » d’un certain Vincent, disons sa mise à l’écart et son
internement… en janvier 1889. Coup de blues à l’Office du Tourisme de l’époque
qui bien sûr n’existait pas encore. Entre toutes ces œuvres, s’établissent des
correspondances, parfois féroces, parfois ludiques, souvent grinçantes.
En majesté, Martin Kippenberger, avec son
installation Heavy Burschi (« Heavy Lad ») de 1991. L’artiste
fait réaliser par son assistant, Merlin Carpenter, 51 oeuvres d’après des
réalisations antérieures. Les trouvant « trop bien » réalisées, il
les fait photographier, puis les détruit et met les morceaux « originaux »
dans une benne à ordures. On se trouve donc en présence d’un simulacre à
plusieurs niveaux, l’original n’existant que dans le cadre d’une mise en scène.
Il y a aussi l’élégance vénéneuse de Luciano Castelli avec Goldenne
Schallplate (« Disque d’or » ) de 1974 où il apparaît le
corps recouvert d’or. Sa collaboration avec Salomé le conduit, dans l’underground
berlinois de la fin des années 1970 au début des années 1980, à des
collaborations picturales dont The Bitch and Her Dog (« La pute et
son chien »), reprenant leur performance de Lyon en 1981, où Salomé, costumé
en geisha, promène son chien interprété par Castelli à quatre pattes. Toute une
époque… sans oublier des rapports de travail avec l’illustre Pierre Molinier.

Castelli et Salomé, Berlin Night, 1979, exposition FVVG, Arles, 2026
La
figure du clown triste, développée par Urs Lüthi de façon superbe, et même
crépusculaire avec The Champion III de 1976 se trouve parfois supplantée
par celle du clown agressif : Bruce Nauman avec les deux vidéos Clown
Torture (I’m Sorry et No, No, No) de 1987 ou bien l’approche trash de
Clément Courgeon, dit Triboulet avec Triboulet catch the broom de 2023.
Heureusement, circule un peu d’air, avec les vidéos disséminées d’Anna Byskov
qui joue avec les dysfonctionnements de notre société comme L’escalier de
2007, où elle grimpe sur un mini-escalier de papier qui s’effondre, ou encore et
sa désopilante et gênante vidéo Culotte 1 de 2010 où elle ne cesse de
remonter sa jupe, mais les apparences s’avèrent trompeuses.
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| Maurizio Cattellan, installation You, 2021, exposition FVVG, Arles, 2026 |
La grande Maria Lassnig, vue l’an dernier à
la LUMA, et ses portraits colorés et explosifs, l’indomptable Nina Childress
avec son Autoportrait au slip de 2012 ; Sarah Lucas, ressurgie du
groupe des Young British Artists avec son Autoportrait aux œufs au plat
de 1996 ou ses amas de seins et de jambes avec Titti Doris de 2017 ;
Cindy Sherman en vierge cathodique déjantée, cubique et baroque, photo
argentique de 2023. Des Picasso hurleurs mènent une sarabande alors qu’un Van
Gogh des plus étranges, un crâne avec une cigarette entre les dents jauge
l’ensemble. N’oublions pas la peinture remarquable de Walter Swennen et son Bras
d’honneur infini de 2003. Enfin, la redécouverte de l’œuvre de Jacques
Lizène (1946-2021) qui essaye de sourire et de souscrire aux choses insignifiantes
accompagné du référent incontournable que représente Robert Fillliou (1926-1987),
né à Sauve dans le Gard. Une autre star qui dérange, Maurizio Cattelan, regroupe
tous les styles. Tragique avec son pendu avec fleurs, You de 2021 ;
souriant avec les plaintes d’un couple invisible de souris à hauteur de plinthe ;
métaphysique avec sa légendaire banane scotchée, Comedian (2019), ayant
déclenché comme souvent un torrent de polémiques.
Pour conclure provisoirement, notons que de
nombreuses réalisations retrouvent une place de choix dans notre amnésie esthétique.
L’éternel retour d’une contemporanéité toujours en train de reverdir.
Christian Skimao
















