Exposition
(Dé)jouer les mondes
Avec Akwasi
Bediako Afrane, Atelier ElonM, Agnès de Cayeux, Ismaël Joffroy Chandoutis, Lucas
Lugarinho, Camilo Sandoval, Afrah Shafiq, Tatyana Zambrano & Hernán
Rodriguez
Le Grenier
à sel, Avignon
Du 3 octobre
2026 au 16 janvier 2027
Le je (u) et le je
Cette exposition, très internationale, réunit
des artistes du Bénin, du Brésil, de Colombie, de France, du Ghana et d’Inde. Organisée
conjointement par Véronique Baton et Isabelle Arvers, elle montre comment les
jeux vidéo peuvent être détournés pour donner lieu à des propositions critiques,
politiques et poétiques.
Avec Arcade City, installation composée
d’appareils électroniques abandonnés, Akwasi Bediako Afrane donne le ton. Les
notions de récupération et d’exploitation se croisent allègrement. Deux bornes permettent
aux spectateurs d’interagir avec l’installation. Originaire du Ghana, l’artiste
dénonce les conditions d’abandon des déchets électroniques du monde dit
développé et la puissance du recyclage par une pensée artistique. La cité
informatique qui en résulte, sorte de Gotham City miniature, possède les atours
de la rouille et affirme la puissance de l’esprit indomptable.

Sila, 2026, Agnès de Cayeux : chapitre 2 : la
presqu’île aux tombeaux, Mélanie Courtinat. Image Courtesy The Artist
Agnès de Cayeux, avec Sila Héroïnes
arctiques, propose un ambitieux projet autour de cinq femmes disparues (Mary
Shelley, Léonie d’Aunet, George Sand, Eunice Newton Foote, Henriette Rasmussen).
L’œuvre comprend une partie tangible, avec des documents mis en scène, et une
partie numérique en cinq réalisations visibles avec des casques spécifiques, pilotables
par le regard. Ce travail qui explore les régions froides, réelles et mythiques,
dont le Groenland, se trouve soutenu par une équipe artistique réunissant Mélanie
Courtinat, Laura Manneli, Aude Guivarc’h, et bien sûr Agnès de Cayeux. Des images
de synthèse créent une ambiance qui oscille entre la peinture romantique de Caspar
David Friedrich et les éclats numériques d’un certain Futurisme pictural, dans
une contemporanéité glacée. Une sorte de manifeste froid qui brûle pourtant par
son intensité.

Vue issue du jeu interactif The Bride Who Could Not Stop Crying, 2023, Afrah
Shafiq. Image Courtesy The Artist
Lucas Lugarinho, avec son jeu Pacifier
s’intéresse aux communautés autochtones brésiliennes. Dans des paysages de
jungle, un joueur nommé « Le Professeur » doit sauver ce qui peut
encore l’être, sans tomber dans la caricature du savant occidental. Tatyana
Zambrano & Hernán Rodriguez poursuivent cette exploration avec Bunker
for a Tropical Pixel. La lumière a disparu de la planète et il s’agit de la
retrouver grâce aux énergies présentes dans des mondes tropicaux. Camilo Sandoval
propose des installations diverses avec des jeux comme Honour Providence,
Honour Good Men où deux joueurs s’affrontent : le méchant déboise et exploite
des mines de minerais, tandis que le gentil détruit les mines et reforeste. Une
très intéressante série de poteries, Snake Selfportrait, convoque les
références anciennes de l’artisanat et la nécessité de résister à un monde
devenu hostile. Il en résulte un troublant mélange entre histoire et narration,
porté par des artefacts de grande qualité formelle. Originaire d’Inde, Afrah
Shafiq a créé avec The Bride Who Could Not Stop Crying, un jeu vidéo
féministe dans lequel la mariée, le jour de ses noces, rencontre des obstacles,
tant familiaux qu’extérieurs, qui la font pleurer. Un « compteur de
larmes » conduit à trois fins possibles. L’étrange reprise d’une
esthétique liée à des broderies pixélisées offre un charme suranné à cette fable
vidéo assez cruelle.
Au sous-sol, la ruralité est évoquée avec Rewild,
une parodie de jeu vidéo réalisée par Ismaël Joffroy Chandoutis. Une
installation de bottes de paille donne le ton tandis que défilent des images de
toutes sortes, allant de séquences télévisées brutes aux crayonnés mouvants
extrêmement suggestifs. En détournant le jeu Farming Simulator,
l’artiste en fait un lieu de mémoire pour ne pas oublier les vaches abattues
lors de l’épidémie de dermatose nodulaire. Contemporain, nostalgique, mémoriel
et parfois fort éprouvant, son travail en cours d’achèvement, nous interpelle
fortement. À l’étage, un vrai jeu vidéo, Aux futurs ancestraux, réalisé
par Atelier ElonM, propose une relecture du Vaudou au Bénin. Puisant dans une
réalité à la fois ancienne et actuelle, soutenu par des entretiens avec des
dignitaires locaux et des pratiquants, le personnage du jeu accède à des mondes
imaginaires, mais inscrits dans une réalité locale où l’exotisme n’est pas de
mise.
Christian Skimao







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