Exposition
collective A fleur de peau
Avec Albrecht
Becker, Kévin Blinderman, Julien Ceccaldi, Sue Coe, Julian Farade, Dorota
Gawęda & Eglė Kulbokaitė, Penny Goring, Tirdad Hashemi, Richard Hawkins, Augustin
Katz, Keunmin Lee, Tala Madani, Stéphane Mandelbaum, Mónica Mays, Brilant
Milazimi, Nuria Mokhtar, Arthur Monteillet, Moor Mother avec Glenn Espinosa
& Cauleen Smith, Ulrike Ottinger, Lili Reynaud Dewar, James Richards &
Steve Reinke, Sibylle Ruppert, Ebun Sodipo, Ceija Stojka, Michelle Uckotter, Jenkin
van Zyl, Issy Wood.
MOCO Panacée
Montpellier
Du 13 juin
au 11 octobre 2026
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| Issy Wood, Study for what I deserve, huile sur lin, 2021. (c) Issy Wood |
Monstres
au fond du placard
L’époque s’enténèbre de
jour en jour sur fond de monstruosités. Pourtant, l’art, depuis toujours en
joue. Le monstre, c’est toujours l’autre, au minimum. La figure de l’archange
rayonne, mais aussi celle de l’ange exterminateur, L’Ange du Foyer de
Max Ernst, par exemple. Cette exposition pose des questions sur la
transgression et ses formes extravagantes. Les références ne servent pas de
carapace. Reste le plaisir.
Des artistes disparus jalonnent cette
monstration. Des dessins oniriques et violents de Stéphane Mandelbaum (1961-1986),
artiste belge assassiné bien jeune par des malfrats, porteur de tous les
possibles dont il ne demeure plus que la nostalgie farouche (personnellement découvert
au Festival du dessin d’Arles il y a deux ans). Sibylle Ruppert (1942-2011),
ses dessins au fusain et ses gravures de grand format, de type fantastique,
mélangent corps réels et corps littéraires en une féroce sarabande. Ceija
Stojka (1933-2013), Rom, qui, des années après sa déportation, à l’âge de dix
ans, par les nazis, dans le cadre de la liquidation des Tziganes, avait repris
son histoire en main au travers de dessins, peintures et entretiens qui demeurent
toujours passionnants mais souvent très éprouvants.
Ne négligeons pas les actuels avec Lili
Reynaud Dewar et ses représentations d’elle à différents stades de son
existence. La « femme araignée » en aluminium, présente dans la
fontaine du jardin de la Panacée, offre un spectacle inoubliable. Julien
Ceccaldi parsème l’exposition de mannequins en plastique fondu, habillés, dans
des postures de la vie quotidienne et comme abandonnés après usage. Julian
Farade propose des formes molles, avachies, en velours et mousse, Velvet
Knight (2022) qui semblent agoniser dans les couloirs, symboles de luttes
diverses. Formidables volumes de Monica Mays qui use de résidus de tous ordres,
parfois un ancien pot d’échappement, optant pour une sorte de liquéfaction
générale des objets originaux, enrobés de tissu et de cire d’abeille. Le sacré
et le profane se dévisagent pour questionner les sentiments humains. Le
dispositif d’Arthur Monteillet, avec ses nombreuses chaînes pendues, pourrait
faire songer à quelque dispositif sadien. En fait, il met en scène un monde
animal, minéral, chevaleresque, somme toute monstrueux, mais sans oublier une
dimension humoristique.
Une installation d’Augustin Katz mêle
peinture, volume et son. Ainsi Prima Scena (2026) représente une sorte
d’usine miniature, noire, fixée sur un fût ou un tambour. Sur le mur d’en face,
des rangées de spectateurs, dans un théâtre, semblent regarder cette
réalisation. Si le diptyque pictural pourrait faire penser à Hopper, l’ensemble
traduit une oppressante angoisse.
Peintures et dessins décapants avec Tirdad
Hasheli qui interrogent la violence du monde et l’intolérance du régime iranien
pour les minorités sexuelles. Les Butchered bodies proposent une vente
littérale de morceaux de corps humain à des boucheries dans un style
post-expressionniste, teinté d’un humour noir redoutable. Brilant Milazimi, Kosovar,
réalise des toiles où les personnages mènent des combats ou des dialogues
musclés sur fond de zones dévastées, Should I tell you something ? (2023).
Les dentitions hors d’échelle, Metal/diary (2022) d’Issy Wood font
réellement grincer des dents. Richard Hawkins tient le haut de l’affiche, au
sens propre, avec une image de sa vidéo digitale, The Böcklin and Berdella Sequence
(2024), pour le flyer de la Panacée. Il utilise une sorte de collage numérique
où se bousculent des représentations masculines en devenir au travers de
maîtres anciens, une sorte de monstruosité très cultivée.

Jenkin Van Zyl, Sweat Exchange, video, 2024. Courtesy de l'artiste
Une vidéo de grande qualité, Spit and
Image I (2025) de Dorota Gaweda et Eglé Kulbohaioté qui interrogent un
futur vacillant bardé de nouvelles technologies. Un ingénieux dispositif de
verre permet de songer à ce qui se déroulerait de l’autre côté, la face
obscure, en quelque sorte. Mention spéciale pour Jenkin Van Zyl et son
dispositif autour d’un sauna où il se présente dans une vidéo se déroulant dans
un sauna, Sweat Exchange (2024) , affublé d’une tenue rose, entre panthère
d’un cartoon célèbre, et drag-queen de science-fiction, d’un masque redoutable,
branché à des fils multiples. L’artiste se trouvait présent ce jour-là, costumé,
apportant une mise en abyme supplémentaire à une fiction devenant réalité.
Enfin, saluons le travail d’Anya Harrison, montreuse
de « monstres », ou du moins de leurs « monstrueuses qualités »,
en ce show déjanté.
Christian
Skimao










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