Les Rencontres de la photographie Arles 2026
Clément Cogitore Memory Palace
Espace Van Gogh
Du 8 juillet au 4 octobre 2026
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| Clément Cogitore, photogramme de Memory Palace, 2026 Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de Walter Films et de l’ADAGP, Paris. |
Requiem
pour une mémoire collective
Clément Cogitore avec son film Memory Palace tient une place importante dans cette édition 2026. Il utilise 400 heures d’images amateurs provenant d’archives privées et publiques des États-Unis et d’Europe, tournées entre les années 1950 et 1970 environ. D’autres séquences ont été réalisées au moyen de l’IA. Un texte incantatoire, écrit par ses soins, se trouve émaillé de citations de Jorge Luis Borges, Gabriel Garcia Márquez, Isaac Bashevis Singer, hélas disparus, ainsi que de László Krasznahorkai, lauréat du prix Nobel de littérature en 2025, toujours très actif. Une narration se met en place, commençant avec la perte des souvenirs et de la mémoire des personnes qui apparaissent à l’écran. S’agit-il d’une amnésie collective ou d’une maladie dégénérative ? Le glissement vers les origines de l’humanité, ainsi que la narration autour d’empires véritables ou mythiques, révèle une violence qui finit par les détruire. Les souvenirs historiques existent-ils véritablement ou reposent-ils uniquement sur un apprentissage raisonné de la disparition ? Les individus avancent dans une sorte de rêve plus ou moins cotonneux d’où émergent de nouveaux possibles. Cette violence inhérente à l’humanité pose la question d’une vision du monde très orientée. Serait-il possible d’entamer une histoire du calme et de la paix qui nous changerait radicalement ?
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| Clément Cogitore, photogramme de Memory Palace, 2026 Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de Walter Films et de l’ADAGP, Paris. |
Les images apparaissent souvent très décalées
par rapport au caractère épique du narratif. Elles puisent dans un fonds
occidental, issu de la classe moyenne blanche, tandis que les réalisateurs
amateurs sont des hommes. Cette utilisation d’une perception biaisée,
extrêmement intéressante, montre un lieu où femmes et enfants demeurent les
sujets filmés. Cogitore tourne autour de cette pluralité présente à l’intérieur
de chacune et chacun, qu’illustrerait la fameuse phrase de l’Évangile :
« Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. »
La thématique des langues multiples avec la symbolique de La Tour de Babel,
met à mal l’unité première qui reposait d’ailleurs sur la crainte des
dirigeants. Que deviendront alors des êtres pacifiques aux mémoires effacées,
abandonnés à la merci de perroquets stochastiques ?
Enfin,
la musique du groupe Cantenac Dagar (Aymeric Hainaux et Stéphane
Barascud) joue avec les effets de saturation et double le récit et les images
de plages musicales fiévreuses. Les niveaux de perception demeurent multiples,
à la fois émouvants, questionnants, éprouvants, et même enthousiasmants.
Christian Skimao
















