Exposition Art & Nature, dans le cadre des 170 ans de l'institution (1856-2026)
Avec Simon Augade, Ursula Caruel, Constance Fulda
La Bambouseraie-en-Cévennes (près d'Anduze)
Saison 2026
Présentation générale extraite des Carnets d’artistes 2026
Brelan d’as
À l’occasion des festivités des 170 ans de la
naissance de la Bambouseraie (1856-2026), trois œuvres réalisées par trois artistes,
par ordre alphabétique, Simon Augade, Ursula Caruel, Constance Fulda prennent
place dans différents lieux du jardin. Deux créations, celles d’Augagade et de
Fulda, interrogent l’arbre dans son sens le plus large, l’autre, celle de
Caruel, questionne le bambou dans des fonctionnalités inattendues.
![]() |
| Simon Augade, Greffe charpentière, Bambouseraie, 2026 |
Simon
Augade, avec Greffe charpentière, construit une œuvre monumentale qui joue
avec les codes de la construction réparatrice, tout en repensant les rapports
entre art et nature. Sa « greffe », liée au savoir-faire de l’horticulture,
n’en est pas vraiment une. Sa construction sinueuse, part du sol et s’arrête
avant la plaie du magnolia. Il répare en tant qu’artiste et nous invite à
considérer son installation comme une aventure épique. Peu à peu, il imbrique des
tuiles de bois de conifères sur un squelette de soutènement pour bâtir une
sorte de carapace géante, renvoyant à la fois au végétal et à une animalité fantasmatique,
par le biais d’une allusion au glyptodon du Néogène. L’apparente réalité du
savoir-faire conduit à un voyage imaginaire d’où émerge un questionnement
philosophique pour celui ou celle qui regarde. La grande construction en
poutres fait pleinement partie de l’œuvre : d’un côté, elle révèle des
réalités structurantes, de l’autre, elle affirme la puissance de cette scène
théâtrale.
![]() |
| Ursula Caruel, La terre est notre maison, Bambouseraie, 2026 |
Ursula
Caruel propose un tapis végétal constitué de différents motifs en bambou qui
utilise les proportions du nombre d’or sous l’intitulé La terre est notre
maison. Cette intéressante transposition entre le tissé et le végétal crée
un effet de surprise. Se référant aux fleurs présentes dans la Bambouseraie,
elle les réinterprète de façon géométrique, jouant sur les tailles et les
couleurs des bambous, prélevés durant l’hiver qui a précédé la réalisation. Le
résultat, tout à fait remarquable, permet de renouer avec les traditions liées
à l’usage du tapis, qui crée un point d’ancrage temporaire pour les anciens
peuples nomades, permettant de retrouver à chaque halte un espace familier. Son
œuvre, élaborée ligne par ligne, spécifiquement pour la Bambouseraie, est une
création emblématique, unique et évolutive. L’intérieur et l’extérieur se
chevauchent, créant un trouble dans la perception d’une création chatoyante où
la rigueur apparente dissimule une grande poésie.
![]() |
| Constance Fulda, Calligraphie, Bambouseraie, 2026 |
Constance Fulda réalise des empreintes des
écorces d’arbres depuis des années. Elle a sélectionné onze arbres remarquables
(chêne pédonculé, tulipier, cyprès de Lawson, marronnier, platane, séquoia,
etc.) dans la Bambouseraie, puis a réalisé des frottages sur des papiers
japonais appliqués contre l’écorce. La mise en espace d’une sculpture en cercle,
sobrement nommée Calligraphie, permet une construction en douze éléments
(la dernière stèle portant le titre) pouvant faire référence à Stonehenge, avec
les réserves historiques d’usage, tout en conservant en mémoire le fort attrait
pour ce cercle mégalithique. Ses gestes-écritures laissent entrevoir un nouvel
alphabet, plastique et immémorial, ouvrant sur une perception autre de la
dimension arboricole. Que contiennent donc ces mystérieux tracés et quelles
relations entretiennent-ils avec nous ? Pourquoi pas une dimension magique,
puisque chaque empreinte de chaque arbre est une carte d’identité, mais aussi un
conte d’identité.
La mise en évidence d’un rhizome référentiel,
à la fois réel pour le bambou et métaphore deleuzienne incontournable, semble tisser
un lien entre les trois artistes. Ursula Caruel a opté pour ce lien tout en convoquant
le kilim, les tapisseries du Moyen Âge et le travail de Dom Robert, en se
rapprochant ici des problématiques géométriques du Bauhaus. En 2024, Simon
Augade a exposé en compagnie d’Alexandre Hollan au Château La Dournie à
Saint-Chinian tandis que Constance Fulda met en avant sa relation avec l’œuvre picturale
du maître des arbres, sans oublier l’approche écologique de Keiko Miyamori. Enfin,
l’Arte Povera irrigue l’ensemble, l’intervention artisanale de chaque artiste interrogeant
la valeur de son geste.
Christian Skimao




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire