lundi 11 mai 2026

Exposition Julien Prévieux, Grenier à sel, Avignon, 2026

 

Exposition Julien Prévieux

Des raisonnements déraisonnables

Grenier à sel, Avignon

Du 18 avril au 27 juin 2026

 

 

Julien Prévieux, Des reliquats d'attention, exposition Avignon, 2026

 

                           Propositions plus ou moins honnêtes

 

  Julien Prévieux nous propose une exposition qualifiable de conceptuelle qui dissèque les enjeux des logiciels qui pensent et commettent (souvent ?) des erreurs. Ces « hallucinations » commises par l’IA peuvent à la fois faire sourire, attrister, nous consterner et à la fin nous faire confondre la vérité et son contraire (l’autre vérité, qualifiable d’alternative). Comme énoncé par Emily Bender en 2025 : « L’IA est un perroquet stochastique sans faculté de raisonnement ». Ainsi ces modèles donnent des réponses plausibles sans garantir leur validité logique. L’artiste met en scène ces problèmes éthiques et philosophiques par le biais de graphiques, de vers inexacts, de divers plateaux de jeux, comme des tours de Hanoï incomplètes et de multiples parties d’échecs, comprenant plusieurs dames, ou seulement des rois, ou encore d'autres impossibilités. Cette oeuvre de 2026, Des reliquats d’attention possède une grande force de persuasion jointe à pas mal d’humour.

 

Julien Prévieux, Pour Lana, vue partielle, expostion Avignon, 2026

  Une autre installation, Pour Lana, utilise des panneaux en contreplaqué sérigraphiés qui composent des poèmes visuels écrits en Yerkish, langue utilisée pour dialoguer avec les grands singes. En 1971, Lana, chimpanzé femelle, parvient à en retenir un grand nombre pour obtenir de la nourriture, par exemple, allant même jusqu’à inventer de nouvelles combinaisons. Prévieux va les utiliser à son tour pour composer des poèmes « humains » tout en jouant sur la plastique des couleurs et des symboles. Une véritable tapisserie surprend également, Carte figurative et approximative des flux, commandée par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), réalisée par la Manufacture nationale de Beauvais, et achevée en 2021. Ce qui ressemble un peu à un gag, repose sur une transposition hardie de textes de délibérations, de mots-clés, de contrôles effectués et de plaintes déposées, etc. L’abstraction visuelle le dispute au constituant immatériel, tout en mettant en avant une fabrication véritablement artisanale, aboutissant à un fort beau résultat plastique. Dynamique de l’erreur (Prime) de 2022, fonctionne avec des traceurs qui créent des dessins sur papier sur le principe de la chute. Les variations, plus ou moins exactes, de ces corps qui tombent, ou du moins leurs ondes conservées, se réfèrent aux chronophotographies de Marey et de Muybridge, à Buster Keaton et aux variations duchampiennes d’un certain Nu descendant l’escalier. Le tout possède, dans son imperfection même, une très forte puissance formelle.

  Enfin deux vidéos, une au rez-de-chaussée et l’autre l’étage critiquent le système. La première Anomalies construites de 2011 montre des images d’écran avec une absence totale de personnes humaines devant les écrans, car désormais tout s’effectue derrière eux. La tension entre travail camouflé et loisir créatif se déroule en voix off, à la fois ludique et désemparée, avec deux narrateurs. Comme le dit l’artiste : « La machine n’amuse pas l’homme, elle s’amuse de l’homme ». La seconde, Codex Spatium de 2024, explore les multiples dimensions du droit spatial, entre jeu et interrogations sur les enjeux géopolitiques.

 

                                                                                                                                                   Christian Skimao

 

Aucun commentaire: