vendredi 19 juin 2026

Exposition collective, "A fleur de peau", MOCO Panacée, Montpellier, 2026

 

Exposition collective A fleur de peau

Avec Albrecht Becker, Kévin Blinderman, Julien Ceccaldi, Sue Coe, Julian Farade, Dorota Gawęda & Eglė Kulbokaitė, Penny Goring, Tirdad Hashemi, Richard Hawkins, Augustin Katz, Keunmin Lee, Tala Madani, Stéphane Mandelbaum, Mónica Mays, Brilant Milazimi, Nuria Mokhtar, Arthur Monteillet, Moor Mother avec Glenn Espinosa & Cauleen Smith, Ulrike Ottinger, Lili Reynaud Dewar, James Richards & Steve Reinke, Sibylle Ruppert, Ebun Sodipo, Ceija Stojka, Michelle Uckotter, Jenkin van Zyl, Issy Wood.

MOCO Panacée Montpellier

Du 13 juin au 11 octobre 2026

 

 

Issy Wood, Study for what I deserve, huile sur lin, 2021. (c) Issy Wood

               

 


                                       Monstres au fond du placard

 

 

  L’époque s’enténèbre de jour en jour sur fond de monstruosités. Pourtant, l’art, depuis toujours en joue. Le monstre, c’est toujours l’autre, au minimum. La figure de l’archange rayonne, mais aussi celle de l’ange exterminateur, L’Ange du Foyer de Max Ernst, par exemple. Cette exposition pose des questions sur la transgression et ses formes extravagantes. Les références ne servent pas de carapace. Reste le plaisir.

 

  Des artistes disparus jalonnent cette monstration. Des dessins oniriques et violents de Stéphane Mandelbaum (1961-1986), artiste belge assassiné bien jeune par des malfrats, porteur de tous les possibles dont il ne demeure plus que la nostalgie farouche (personnellement découvert au Festival du dessin d’Arles il y a deux ans). Sibylle Ruppert (1942-2011), ses dessins au fusain et ses gravures de grand format, de type fantastique, mélangent corps réels et corps littéraires en une féroce sarabande. Ceija Stojka (1933-2013), Rom, qui, des années après sa déportation, à l’âge de dix ans, par les nazis, dans le cadre de la liquidation des Tziganes, avait repris son histoire en main au travers de dessins, peintures et entretiens qui demeurent toujours passionnants mais souvent très éprouvants.

 

  Ne négligeons pas les actuels avec Lili Reynaud Dewar et ses représentations d’elle à différents stades de son existence. La « femme araignée » en aluminium, présente dans la fontaine du jardin de la Panacée, offre un spectacle inoubliable. Julien Ceccaldi parsème l’exposition de mannequins en plastique fondu, habillés, dans des postures de la vie quotidienne et comme abandonnés après usage. Julian Farade propose des formes molles, avachies, en velours et mousse, Velvet Knight (2022) qui semblent agoniser dans les couloirs, symboles de luttes diverses. Formidables volumes de Monica Mays qui use de résidus de tous ordres, parfois un ancien pot d’échappement, optant pour une sorte de liquéfaction générale des objets originaux, enrobés de tissu et de cire d’abeille. Le sacré et le profane se dévisagent pour questionner les sentiments humains. Le dispositif d’Arthur Monteillet, avec ses nombreuses chaînes pendues, pourrait faire songer à quelque dispositif sadien. En fait, il met en scène un monde animal, minéral, chevaleresque, somme toute monstrueux, mais sans oublier une dimension humoristique.

 

  Une installation d’Augustin Katz mêle peinture, volume et son. Ainsi Prima Scena (2026) représente une sorte d’usine miniature, noire, fixée sur un fût ou un tambour. Sur le mur d’en face, des rangées de spectateurs, dans un théâtre, semblent regarder cette réalisation. Si le diptyque pictural pourrait faire penser à Hopper, l’ensemble traduit une oppressante angoisse.

 

  Peintures et dessins décapants avec Tirdad Hasheli qui interrogent la violence du monde et l’intolérance du régime iranien pour les minorités sexuelles. Les Butchered bodies proposent une vente littérale de morceaux de corps humain à des boucheries dans un style post-expressionniste, teinté d’un humour noir redoutable. Brilant Milazimi, Kosovar, réalise des toiles où les personnages mènent des combats ou des dialogues musclés sur fond de zones dévastées, Should I tell you something ? (2023). Les dentitions hors d’échelle, Metal/diary (2022) d’Issy Wood font réellement grincer des dents. Richard Hawkins tient le haut de l’affiche, au sens propre, avec une image de sa vidéo digitale, The Böcklin and Berdella Sequence (2024), pour le flyer de la Panacée. Il utilise une sorte de collage numérique où se bousculent des représentations masculines en devenir au travers de maîtres anciens, une sorte de monstruosité très cultivée.

 

Jenkin Van Zyl, Sweat Exchange, video, 2024. Courtesy de l'artiste


  Une vidéo de grande qualité, Spit and Image I (2025) de Dorota Gaweda et Eglé Kulbohaioté qui interrogent un futur vacillant bardé de nouvelles technologies. Un ingénieux dispositif de verre permet de songer à ce qui se déroulerait de l’autre côté, la face obscure, en quelque sorte. Mention spéciale pour Jenkin Van Zyl et son dispositif autour d’un sauna où il se présente dans une vidéo se déroulant dans un sauna, Sweat Exchange (2024) , affublé d’une tenue rose, entre panthère d’un cartoon célèbre, et drag-queen de science-fiction, d’un masque redoutable, branché à des fils multiples. L’artiste se trouvait présent ce jour-là, costumé, apportant une mise en abyme supplémentaire à une fiction devenant réalité.

 

  Enfin, saluons le travail d’Anya Harrison, montreuse de « monstres », ou du moins de leurs « monstrueuses qualités », en ce show déjanté.

 

 

 

                                                                                                                          Christian Skimao

 

 

 

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