Exposition
Jaume Plensa
Mirage
Carré Sainte-Anne,
Montpellier
Du 26 juin
au 1er novembre 2026

Jaume Plensa. Les Invisibles, exposition Mirage, 2026
L’essentiel
est invisible pour les yeux
Débuter par une phrase paradoxale, empruntée
à Saint-Exupéry, pour évoquer le visuel même que représente la sculpture peut
sembler friser le contresens. Pourtant, Jaume Plensa nous convoque, dans le
silence, à voir au-delà même des artefacts présentés.
Dès l’entrée, deux sculptures monumentales en
maille d’acier s’imposent, non pas de façon impérieuse mais enveloppante et
discrète, Les Invisibles. Nommées Invisible Laura et Invisible Ruirui
(2018), elles se font face et semblent engager un dialogue silencieux, les yeux
fermés et un doigt posé sur les lèvres. Chaque tête est constituée d’une trame
métallique précise mais en s’éloignant vers le sol, les fils de métal
s’effilochent, semblables à des queues de méduse, créant un espace lié au rêve,
L’inachèvement demeure le lieu des confidences.
| Jaume Plensa, Le Rêve de Martine et Le Rêve d'Isolde, exposition Mirage, 2026 |
D’autres volumes, de plus petit format,
trouvent également leur place sur les côtés de l’église. Deux gisantes en
albâtre, évidemment beaucoup plus petits, yeux clos et mains jointes, Le
rêve de Martine et Le rêve d’Isolde (2025) continuent le dialogue
silencieux avec le public. Elles s’inscrivent dans une approche plus
traditionnelle de la sculpture qui met en valeur la matière luminescente de
l’albâtre, minutieusement polie, tout en laissant apparaître le non-fini du
support qui renforce un fort ancrage terrestre. Changement radical de matériau dans
le chœur, où se trouvent trois autres sculptures, verticales, Maria, Zvetlana
et Keying, taillées dans des poutres récupérées en Belgique, aux formes
allongées et de couleur sombre. Elles semblent appartenir à un autre monde où
la mémoire tisse des liens avec le monde entier.

Jaume Plensa, Maria, Zvetlana, Keying, exposition Mirage, 2026
Le public joue un rôle essentiel. Il interagit
avec les œuvres, non pas comme un simple regardeur mais comme une entité
pensante. La notion d’environnement retrouve ici toute sa pertinence liée à ce
bien commun fondamental, le silence. Écoutons Jaume Plensa : « C’est
un silence permettant de créer un état d’âme qui nous rend capables d’écouter.
On vit dans un moment où nous recevons une grande quantité de messages. Il y a
un bruit énorme dans notre tête qui nous empêche d’écouter nos pensées. Quand
nous parlons, nous ne savons plus si c’est bien nous qui parlons ou si ce n’est
qu’un écho venant des parois de notre crâne, des paroles que nous avons
entendues ailleurs. »
Christian Skimao
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