samedi 15 août 2026

 

Les Rencontres de la photographie Arles 2026

Clément Cogitore

Memory Palace

Espace Van Gogh

Du 8 juillet au 4 octobre 2026

 

 

Clément Cogitore, extrait de Memory Palace, Rencontres d'Arles 2026

 

 

                    Requiem pour une mémoire collective

 

  Clément Cogitore avec son film Memory Palace tient une place importante dans cette édition 2026. Il utilise 400 heures d’images amateurs provenant d’archives privées et publiques des États-Unis et d’Europe, tournées entre les années 1950 et 1970 environ. D’autres séquences ont été réalisées au moyen de l’IA. Un texte incantatoire, écrit par ses soins, se trouve émaillé de citations de Jorge Luis Borges, Gabriel Garcia Márquez, Isaac Bashevis Singer, hélas disparus, ainsi que de László Krasznahorkai, lauréat du prix Nobel de littérature en 2025, toujours très actif.  Une narration se met en place, commençant avec la perte des souvenirs et de la mémoire des personnes qui apparaissent à l’écran. S’agit-il d’une amnésie collective ou d’une maladie dégénérative ? Le glissement vers les origines de l’humanité, ainsi que la narration autour d’empires véritables ou mythiques, révèle une violence à l’œuvre qui finit par s’autodétruire. Cette violence inhérente à l’humanité pose la question d’une vision du monde très orientée. Serait-il possible d’entamer une histoire du calme et de la paix qui changerait ce paradigme de destruction ?

 

  Les images apparaissent souvent très décalées par rapport au caractère épique du narratif. Elles puisent dans un fonds occidental, issu de la classe moyenne blanche, tandis que les réalisateurs amateurs sont des hommes. Ce décalage ouvre sur une perception biaisée, extrêmement intéressante, où femmes et enfants demeurent les sujets filmés. Cogitore tourne autour de cette pluralité présente à l’intérieur de chacune et chacun, qu’illustrerait la fameuse phrase de l’Évangile : « Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. » La musique du groupe Cantenac Dagar (Aymeric Hainaux et Stéphane Barascud)  joue avec les effets de saturation et double le récit et les images de plages musicales fiévreuses. Les niveaux de perception demeurent multiples, à la fois émouvants, questionnants, éprouvants.

                                                                                                                                                                  Christian Skimao

 


 

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