Les
Rencontres de la photographie Arles 2026
Thato
Toeba
Tout
le monde peut être Lucifer
Salle
Henri Comte
Du 8 juillet
au 4 octobre 2026
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| Thato Toeba, Still Fountain, vue partielle, Arles 2026 |
Découper
et déconstruire
Thato Toeba est né.e en 1990 à Maseru,
capitale du Lesoto et vit à Amsterdam. Son genre, que l’artiste ne souhaite pas
définir, invite à l’emploi d’un neutre ouvert. Iel est artiste, juriste et
chercheur.e en sciences sociales. À rebours des recherches technologiques
impératives et immersives, iel a choisi de pratiquer le collage et le
photomontage. Ce singulier retour au réel des matériaux, pose la question de
ces deux pratiques, illustrée par ces trois artistes historiques : Kurt Schwitters
avec la déflagration Dada, Max Ernst avec l’approche surréaliste et John Heartfield
avec la dimension politique. Le titre, assez énigmatique de la monstration, Tout
le monde peut être Lucifer, nous invite à nous interroger sur la
signification de la destinée de cet ange essentiel, « Porteur de
lumière » devenu « Prince des ténèbres ». Sa banalisation séductrice
s’immisce en chacune et chacun de nous pour opérer une contamination des
significations.
Thato Toeba propose, avec finesse et méthode,
une dénonciation des récits dominants et colonisateurs. Une grande œuvre, Still
Fountain (2026), occupe la moitié de la salle Henri Comte. Un premier
panneau permet d’apercevoir des scènes diverses, ponctuées de découpes
représentant des personnages dont les contours se reflètent également sur le
sol. En pénétrant à l’intérieur de la construction, le public découvre une
réalité possible et une réalité probable. Il devient lui-même partie prenante, puisque
son image apparaît grâce à des miroirs en plexiglas judicieusement placés. Des
archives privées et publiques, au travers de personnages de tailles très
diverses, entament ainsi un dialogue à travers l’histoire de l’Afrique du Sud et
du Lesoto.
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Thao Teoba, une des quatre boîtes, Arles 2026
D’autres œuvres, certaines très petites,
utilisent des boîtes d’iPhone. La
série se nomme What can we say to make it seem like we’re not committing
crimes. Des collages prennent place sur ces supports, en
apparence très éloignés de la technologie puisque ces contenants ne contiennent
plus leur précieux téléphone. On y voit des infirmières lors d’une photo de
groupe caviardée. Sur une autre boîte apparaissent des Basques sans visage, portant
des bérets rouges, Des découpes multiples rendent la scène plus anonyme et nous
induisent en erreur quant à la couleur de peau des participants qui semblent devenus
noirs. Les deux dernières boîtes présentent des scènes plus intimes avec des personnes
blanches et noires en train de se rhabiller. Rien n’est précisé, tout se trouve
en suspens et l’interprétation semble volontairement brouillée. Ces images
disent-elles la vérité ou mentent-elles ?
Tout demeure possible et rien ne se trouve
impossible. Les discours s’ajoutent aux images et la vérité disparaît dans des
simulacres. L’artiste nous offre des voies de réflexion et des voix
dissonantes. Les hiérarchies se dissimulent derrière de lénifiants discours. Ses
montages racontent des histoires alternatives, peut-être réelles.
Christian Skimao

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