mardi 18 août 2026

Exposition Thato Yeoba, Rencontres photo Arles, 2026

 

Les Rencontres de la photographie Arles 2026

Thato Toeba

Tout le monde peut être Lucifer

Salle Henri Comte

Du 8 juillet au 4 octobre 2026

 

 

Thato Toeba, Still Fountain, vue partielle, Arles 2026

                                         Découper et déconstruire

 

  Thato Toeba est né.e en 1990 à Maseru, capitale du Lesoto et vit à Amsterdam. Son genre, que l’artiste ne souhaite pas définir, invite à l’emploi d’un neutre ouvert. Iel est artiste, juriste et chercheur.e en sciences sociales. À rebours des recherches technologiques impératives et immersives, iel a choisi de pratiquer le collage et le photomontage. Ce singulier retour au réel des matériaux, pose la question de ces deux pratiques, illustrée par ces trois artistes historiques : Kurt Schwitters avec la déflagration Dada, Max Ernst avec l’approche surréaliste et John Heartfield avec la dimension politique. Le titre, assez énigmatique de la monstration, Tout le monde peut être Lucifer, nous invite à nous interroger sur la signification de la destinée de cet ange essentiel, « Porteur de lumière » devenu « Prince des ténèbres ». Sa banalisation séductrice s’immisce en chacune et chacun de nous pour opérer une contamination des significations.

 

  Thato Toeba propose, avec finesse et méthode, une dénonciation des récits dominants et colonisateurs. Une grande œuvre, Still Fountain (2026), occupe la moitié de la salle Henri Comte. Un premier panneau permet d’apercevoir des scènes diverses, ponctuées de découpes représentant des personnages dont les contours se reflètent également sur le sol. En pénétrant à l’intérieur de la construction, le public découvre une réalité possible et une réalité probable. Il devient lui-même partie prenante, puisque son image apparaît grâce à des miroirs en plexiglas judicieusement placés. Des archives privées et publiques, au travers de personnages de tailles très diverses, entament ainsi un dialogue à travers l’histoire de l’Afrique du Sud et du Lesoto.

 

Thao Teoba, une des quatre boîtes, Arles 2026

  D’autres œuvres, certaines très petites, utilisent des boîtes d’iPhone. La série se nomme What can we say to make it seem like we’re not committing crimes. Des collages prennent place sur ces supports, en apparence très éloignés de la technologie puisque ces contenants ne contiennent plus leur précieux téléphone. On y voit des infirmières lors d’une photo de groupe caviardée. Sur une autre boîte apparaissent des Basques sans visage, portant des bérets rouges, Des découpes multiples rendent la scène plus anonyme et nous induisent en erreur quant à la couleur de peau des participants qui semblent devenus noirs. Les deux dernières boîtes présentent des scènes plus intimes avec des personnes blanches et noires en train de se rhabiller. Rien n’est précisé, tout se trouve en suspens et l’interprétation semble volontairement brouillée. Ces images disent-elles la vérité ou mentent-elles ?

 

  Tout demeure possible et rien ne se trouve impossible. Les discours s’ajoutent aux images et la vérité disparaît dans des simulacres. L’artiste nous offre des voies de réflexion et des voix dissonantes. Les hiérarchies se dissimulent derrière de lénifiants discours. Ses montages racontent des histoires alternatives, peut-être réelles.

                                                                                                                                                        Christian Skimao

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