vendredi 21 août 2026

Lee Shulman et Omar Victor Diop, Rencontres photo Arles, 2026

 

Les Rencontres de la photographie, Arles 2026

Lee Shulman et Omar Victor Diop

The Anonymous Project Being There

Ancien Collège Mistral..

Du 8 juillet au 4 octobre 2026

 

 

Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, après. Arles 2026

Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, avant. Arles 2026



                                Le retour du refoulé

 

  Une exposition captivante qui tourne autour du politique, du psychanalytique et de l’humoristique. Dans les salles désaffectées de ce lieu étrange, l’ancien Collège Mistral, des photographies américaines des années 1950-1960 sont présentées dans une certaine pénombre, au sein d’un intérieur plus ou moins reconstitué. Des scènes familiales et de rencontres amicales jouent avec le banal, le normal, l’ennui, à travers une mise en scène de la réussite sociale et du bonheur « climatisé » (« cauchemar » pour un certain Henry Miller). Cherchez l’intrus dans cet océan de normalité : l’apparition permanente du même homme noir, élégant, détendu et intégré dans un univers de ségrégation raciale et sociale.

 

  Très vite, cette présence « incongrue » pour l’époque (pour aujourd’hui ?) au sein de cette « coolitude » jouée sollicite notre réflexion. L’introduction de la normalité crée une forte perturbation, car l’œil focalise rapidement sur cette présence répétitive, incarnée par Omar Victor Diop (également photographe, travaillant la thématique des autoportraits) et mise en scène par Lee Shulman, qui a peu à peu a constitué une énorme collection de diapositives anciennes réalisées par des anonymes. Ces prises de vues actuelles, réalisées en studio par Shulman et son équipe, se trouvent introduites avec brio, dans les photos d’époque. Diop se trouve souvent à la place laissée vacante par le photographe, dans des lieux familiaux, conviviaux ou encore dans certains paysages. Le travail sur le grain et les textures des photographies originales est parfait. Le soin apporté à la mise en images permet au public de vivre ce laps de temps durant lequel il se demande ce qui est vrai et ce qui est faux. Un film explicatif, présenté à l’extérieur du dispositif, montre les diverses phases de création du duo.

 

  Évidemment, la présence d’un homme noir dans la middle class blanche de l’époque, relève de l’impossibilité. Il y a aussi la question des couples mixtes (homme-femme) qui posaient d’insolubles problèmes à ceux qui désiraient contourner les stéréotypes raciaux : la loi, le regard des autres, la bêtise, la haine, la violence, etc. La tension entre le non-dit historique et la possibilité d’une insertion nous fait entrer dans une sorte de politique-fiction déstabilisante. On voit hélas aujourd’hui, aux États-Unis, comment la perception de la communauté noire par certains dirigeants conduit à des meurtres. L’exposition séduit à tous les niveaux et des échanges ont effectivement lieu entre les visiteurs. Le rire cache le trouble, ce dernier devenant un moteur d’interrogation jusqu’au moment de la révélation.

 

  Une question nous taraude cependant : serait-il possible d’introduire une femme noire dans ce contexte américain des années 1950-1960 ?

 

                                                                                                                                 Christian Skimao

 

 

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