mardi 1 septembre 2026

Georges Rousse, "Rétrospective", Lunel, 2026

 

Rétrospective de Georges Rousse

Espace Louis Feuillade, Lunel (Hérault)

Du 27 juin au 26 septembre 2026

 

 

Georges Rousse, Lunel, impression photographique, 2026

                                                       Des réels irréels

 

   Georges Rousse, l’un de nos grands artistes français, né en 1947, travaille depuis de nombreuses années sur la thématique de l’anamorphose. La mise en scène générale d’une trentaine d’œuvres propose un parcours à la fois didactique et ludique. La grande salle d’entrée, lumineuse, propose de grands formats ainsi qu’une réalisation spécifique (nous y reviendrons plus en détail). La deuxième salle se trouve plongée judicieusement dans la pénombre, masquant les murs tout en focalisant le regard sur les photographies. Enfin, des projections explicatives de films prennent place dans une autre salle, pour inviter le public à mieux cerner la démarche de l’artiste.

 

Georges Rousse, Chambord, 2011.

  Concernant son approche, l’artiste opère dans des lieux de tous types : des bâtiments historiques, privés mais surtout des friches industrielles ou des lieux en déshérence. Il y effectue des repérages, puis réalise des travaux de transformation, de bricolage, mais aussi de peinture, créant ainsi un nouvel espace propice à sa recherche finale. L’acte photographique termine son travail, grâce au choix spécifique d’un point de vue. Celui-ci oriente le résultat final et crée l’anamorphose, bouclant la boucle. Seule la photographie finale rend compte de sa démarche globale. Avec Chambord (2011), réalisée dans les combles du château historique, Rousse prend pour point de départ la charpente, mais évoque une vague, en référence à l’escalier à double révolution imaginé par Léonard de Vinci. La trame en bois laisse apparaître l’architecture en transparence, tandis que sa couleur jaune et sa forme en croisillons ouvrent de nouvelles perspectives. À l’arrivée, une photographie de grand format nous procure l’illusion de ces transformations. On songera à la tête de mort en anamorphose des Ambassadeurs d’Holbein, analysée notamment par Jurgis Baltrušaitis, ainsi qu’aux textes critiques de Michel Butor et de Jacques Lacan sur le sujet. L’approche de Georges Rousse se trouve également irriguée par des références à Kasimir Malevitch avec Carré noir sur fond blanc, au Land Art et à l’art éphémère.

 

Georges Rousse, réalisation préparatoire pour Lunel, 2026

  Revenons à la première salle, comme annoncé plus haut : s’y trouvent la photographie (en fait l’impression photographique) d’une construction colorée avec des damiers savamment orchestrés, sobrement intitulée Lunel, et en face, la réalisation matérielle de cette œuvre. Un sigle au sol indique au public l’endroit exact depuis lequel il faut regarder pour percevoir l’anamorphose finale. L’utilisation de l’architecture est optimale, tout comme celle des lignes de force pour obtenir cet angle inédit. Cette œuvre éphémère, réalisée spécialement pour la monstration, présente à la fois la construction et l’aboutissement de celle-ci, dans un renversement totalement limpide.

 

 

 

                                                                                                                                                       Christian Skimao

 

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