Exposition « Coups après
coups » d’Annabel Aoun Blanco
Musée Réattu, Arles
Du 19 novembre 2022 au 30 avril 2023
Un looping de haute voltige
Le travail d’Annabel Aoun Blanco (photographe, vidéaste et plasticienne) s’inscrit dans le temps long, puisque cette exposition nommée « Coups après coups » est le deuxième volet d’une passionnante recherche sur la notion de boucle (« loop » en anglais), soutenue par l’attentif commissariat de Daniel Rouvier. La première datant de 2019 se nommait « Éloigne moi de toi ». D’emblée, le questionnement plastique se double d’une réflexion philosophique et nous entraîne dans un dédale réflexif où le trouble demeure omniprésent.
L’artiste travaille sur la création de l’image, mais aussi sa disparition. Souvent la figure se trouve invoquée, s’inscrivant dans le champ de l’apparition et de la disparition. L’hybridation de la photo et de la vidéo donne deux nouvelles catégories : la « Photo/Vidéo » et la « Vidéo/Photo ». Les images, souvent des portraits, se désagrègent, mais paradoxalement s’inscrivent dans une éternité nouvelle. Se référant à Platon avec cette formulation « Le temps est l’image mobile de l’éternité immobile », nous glissons dans un long périple, circulant de salles en salles, mais avec délice, jusqu’à confondre les ombres du lendemain avec les réalités de la veille. Ou bien l’inverse …
Chaque boucle se trouve constituée de 37 œuvres photographiques et 23 œuvres vidéo. La disparition du sujet s’effectue aussi au travers d’éléments qui changent de nature ; ainsi, l’eau devient glace et le lait se périme. Pourtant, ce qui disparaît se recrée par la suite en une image autre. La recherche d’un interstice dans le temps devient le point central de ces installations intervisuelles qui optent pour une représentation. Ce qui se voit demeure une étape pour aller vers ce qui ne se voit pas encore. Ce paradoxe, tant plastique que narratif nous conduit, tels des voyants, vers une autre réalité, impalpable.
Annabel Aoun Blanco, artiste visuelle, propose
un travail qui a indirectement partie lié avec la littérature. L’évocation
rimbaldienne suggérée précédemment par l’emploi du terme « voyants »,
pourrait s’inscrire dans ce quatrain de L’Éternité, transposition
possible de ses recherches artistiques, entre suspension transformiste et
réalité différente :
«
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Éternité
C’est la mer
Allée avec le soleil. »
La rigueur du faire, l’intelligence du
dispositif proposé, la scénographie utilisée dans les diverses salles, la
création d’une pénombre complice, tout contribue à la création d’une expérience
personnelle. Entre l’archéologie du souvenir et l’éclat d’un soleil
philosophique, une exposition de grande qualité à voir impérativement.
Christian
Skimao

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