mercredi 22 avril 2026

Exposition François Morellet, 100 pour cent Centre Pompidou-Metz, 2026.

 

Exposition François Morellet, 100 pour cent

Centre Pompidou-Metz

Du 3 avril au 29 septembre 2026

 

 


 

                                   FM, cent ans déjà…                

 

 

 Dans le cadre du centenaire de la naissance de François Morellet (1926-2026), le Centre Pompidou-Metz propose une très importante rétrospective de l’œuvre de l’artiste dans la Galerie 3. Commençons par une sortie du musée avec la présence d’une reconstitution, visible depuis l’institution, d’une installation au Technicentre SNCF avec 4 trames 30° - 60° - 120° - 150° partant d’un angle du mur.  Intervalles : hauteur du mur (1977-2026). Elle permet de se remémorer ses interventions in situ et ses commandes publiques (ex. Le Grand M à Montpellier en 1986).

 

  Dans les salles, se trouvent de nombreuses peintures du début, peu souvent exposées, qui montrent l’évolution allant des figurations initiales à l’abandon de la peinture sous sa forme traditionnelle, comme cette toile figurative assez mystérieuse, avec buste et tentures de 1941. En 1950, puis en 1951, il se rend au Brésil et découvre les recherches de Max Bill (première rétrospective de l’artiste suisse au Museo de Arte de São Paulo en 1951 ) qui donneront naissance à des toiles abstraites puis à d’autres qualifiables de systématiques (Violet-bleu-vert-jaune-orange-rouge de 1953). La fameuse phrase de Morellet va désormais irriguer l’ensemble de son travail à partir de cette date : « Fils monstrueux de Mondrian et Picabia, j’ai développé depuis 1952 tout un programme de systèmes aussi rigoureux qu’absurdes. Membre fondateur du GRAV (Groupe de Recherche d’Art Visuel) en 1961, avec Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Francisco Sobrino, Joel Stein et Yvaral (fils de Vasarely), il devient l’un des protagonistes du courant optique et cinétique. Adieux pinceaux, « veau, vache, cochon, couvée »,… bonjour « fée électricité » sera le nouveau mot de sa recherche avec 64 lampes, allumage avec 4 rythmes superposes, 1963.

 


François Morellet, Violet-bleu-vert-jaune-orange-rouge, 1953 Huile sur bois, 80 x 80 cm Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, AM 1985-494 © Adagp, Paris, 2026 Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI Audrey Laurans Dist. Grand Palais Rmn

  


Après 1968, année de la dissolution du GRAV, apparaissent les séries au néon, partiellement influencées par Dan Flavin. Dès lors, Morellet s’intègre au courant international de l’art minimal et conceptuel, avec des références comme Ellsworth Kelly, Frank Stella et Sol Lewitt, tout en gardant une singularité époustouflante grâce à un humour décapant. En 1972, une œuvre 2 néons 0°-90° avec rythmes interférents, annonce la couleur, si l’on ose dire. L’intervention de références mathématiques crée un nouvel espace de perception dissociative. Le néon va revenir souvent par la suite, dans les années 1980, parfois en une sinuosité sournoise avec Lamentable Ø 5m bleu de 2005, mais aussi en déclinant π dans un  baroque assumé ( π barocco n°1 rouge, 1 =45° (angles du même côté), 7 éléments )de 2001.

 

Couverture du catalogue de l'exposition, 2026

   Les constructions mathématiques servent de support à un onirisme permanent et ouvrent de nouveaux champs exploratoire. Certaines séries convoquent les trames, d’autres jouent sur l’espace comme Carré (miroir) plié (coupé) a 90° en 2 parties inégales de 1982. D’autres mélangent nature et culture comme les Geometree, qui associent branche et fusain sur papier (Geometree n°103 de 1985). Le grand talent de Morellet lui permet de mélanger rigueur et « rigolade » pour obtenir un cocktail décapant et exigeant mais paradoxalement débonnaire. Contrairement à d’autres créateurs de même niveau, son art n’est jamais froid, sa démarche jamais hautaine mais toujours emprunte d’une bienveillance amusée. Le jeu de mots et le jeu des nombres concoctent un cocktail qui ne laisse pas insensible le public. La contemporanéité des matériaux utilisés aux différentes époques de sa carrière ne l’a jamais enfermé dans un art contemporain, parfois trop éloigné de la réalité de chacune et chacun. François Morellet possédait une élégance certaine jointe à une modestie non feinte : la classe des grands créateurs, dirions-nous…

 

                                                                                                                                                         Christian Skimao

 

                                                                                                                                                      

PS Concernant le catalogue 100 pour cent et sa rubrique « Chronologie », j’aimerais ajouter un complément d’information pour l’année 2001. Si les interventions avec adhésifs au musée Fabre de Montpellier se trouvent bien évoquées, elles appartiennent à une exposition globale nommée Discrètement qui comprenait également des Défigurations. Parallèlement, une exposition distincte, Carrément, se tenait au Carré Sainte-Anne comprenant des Trames et Fragmentations et une déclinaison de π. Enfin la fin de la réhabilitation de l’œuvre monumentale du Grand M se déroulait conjointement à Montpellier. Un catalogue paru à l’époque en témoigne.  

 

  


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