mardi 28 avril 2026

Expostion Tursic & Mille, Carré d'art-musée d'art contemporain, Nîmes, 2026

 

Exposition Tursic & Mille

Dissonances à géométries variables

Carré d’art-musée d’art contemporain, Nîmes

Du 25 avril au 11 octobre 2026

 

 

Tursic & Mille, The Yellow One, 2026. Courtesy Galerie Max Hetzler.

                                                        1+1 = 3

 

 

   À la dénomination énigmatique de Tursic & Mille, correspondent deux artistes très talentueux et très attachants, Ida Tursic et Wilfried Mille, ce qui explique la présence de trois entités dans la résolution de mon opération qui sert de titre. Depuis 25 ans désormais, ils œuvrent dans un champ complexe de distanciation et de réflexion sur l’art et le monde. Loin de cette « figuration figurative » qui revient, le duo travaille sur des images et des figures en cours de définition. Leur mise en scène, très conceptuelle, joue avec des poncifs, décentrements, légendes, etc. pour aboutir à la construction subtile d’une narration cultivée.

 

  Hélène Audiffren, commissaire de l’exposition, a pensé à investir l’ensemble du musée. Dès l’entrée, une œuvre énorme Framed Landscape (2017) accueille le public, mais à rebours : il faut descendre le grand escalier dans le sens de la sortie pour découvrir les cinq panneaux montrant le délabrement du grand sigle HOLLYWOOD, dans les collines de Los Angeles ; en entrant dans le bâtiment, le regard heurte la scène arrière, les coulisses. Un bichon peint sur bois, un peu ridicule et hors d’échelle, sert de contrepoint au tragique de la ruine. Au premier étage, huit panneaux en bois représentent un coucher de soleil en Technicolor Still-Life (Sunset) de 2020, et dialoguent avec la grande sculpture permanente d’Ugo Rondinone. Enfin, au second étage, des plaques offset servent de Palettes (2006-2026), tandis qu’une réalisation en forme de rébus d’Ida Tursic, réalisée par elle seule en 1995, nous interpelle : Autoportrait (1995) où sa composition propose une auto, un porc de grand format et un trait de peinture noire : CQFD !

 

Tursic & Mille, Eden, 1999-2009, huile sur toile. Collection particulière. 


 


  Les diverses salles, aux noms à la fois épiques et polémiques, allant de « Salle Bonheur » à « Salle Rose » en passant par « Salle Obscénité » ou « Salle Barbouilles » déclinent le faire savoir de Tursic & Mille. Une peinture comme Eden (1999-2029) joue avec les codes de la publicité : elle met en avant la séduction d’un mâle sûr de lui tout en introduisant le stéréotype de la pin-up que l’on retrouvera, en plus tragique, avec Betty Page, (About Betty de 2023, certes traitée différemment car les taches et les bandes d’adhésifs également peintes, montrent la mise en abyme). Sur fond bucolique alpin, l’héroïne, elle aussi en train de fumer, semble déguisée en Heidi tandis que des caniches parsèment la scène. Nous glissons d’une publicité pour le tabac vers une dénonciation du rêve occidental. Un ordinateur Apple s’immisce dans l’ensemble ainsi que les légendaires canettes Heineken (pour les étoiles : « stars ») qui glamourisent la scène, alors qu’une sorte de Pac-Man rouge, dialogue avec un dinosaure vert. Le « kitsch » général s’insère dans une représentation de stéréotypes, eux-mêmes dynamités par la manière de peindre qui interroge une fois de plus la stratégie du « bien peint, mal peint » : Gasiorowski ne se trouve jamais très loin.

 

 

   Comme l’annonçait le titre de la monstration, nous nous trouvons en présence d’une dissonance, à la fois formelle et structurelle. Mélancolie de 2025, présente une jeune femme, en robe bleue, songeuse, assise sur un canapé, entourée d’une forêt en flammes. Par cette évocation, à la fois faussement romantique et réellement alarmiste se trouvent présents de nombreux enjeux de la contemporanéité. Ainsi la fameuse phrase de Jacques Chirac, « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », métaphorique au départ, trouve une résonance avec les grands incendies de la Côte Ouest des USA, tandis que le tableau en question pourrait également évoquer autre chose. Tursic & Mille créent des œuvres exploratoires et explosives grâce à une pensée en action qui jamais ne s’arrête.

 

 

                                                                                                                                                         Christian Skimao

 

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