jeudi 30 avril 2026

Festival du dessin, Arles, 2026

 

Festival du dessin  2026

Viva l’Italia

Dans de nombreux lieux culturels d’Arles

Du 18 avril au 17 mai 2026


Irène Dacunha, Lanternes monumentales, 2017 à 2023


 

                      Dessiner, mais pourquoi pas…

 

  Pour cette quatrième édition du Festival du dessin, la thématique générale annoncée est certes l’Italie mais accompagnée d’une proposition toujours très éclectique, dans des lieux du centre ville, affectés aux manifestations culturelles.

 

  Débutons avec une outsider talentueuse, Irène Dacunha et ses lanternes monumentales à l’église Saint-Blaise. Dans cet endroit, souvent dévolu aux expositions les plus inventives, ses lanternes monumentales, légèrement éclairées de l’intérieur, laissent voir des représentations de mammouths, d’aurochs, d’humains qui nous offrent un parfum de nostalgie des origines et d’une préhistoire rêvée.

 

  Revenons à la thématique italienne annoncée où des dessins de trois grands créateurs, un romancier et deux dessinateurs de BD, présentent dans un genre très différent leur production. Guido Crepax et ses cases érotiques, Lorenzo Mattotti et ses scènes de guerre, Sous les bombes, proches de l’expressionnisme, enfin le romancier Dino Buzzati, qui s’est toujours voulu peintre (salle Henri Comte). Une importante sélection se trouve à la Chapelle du Museon Arlaten. Si l’on connaît la série des Prisons imaginaires de Piranèse, il existe la surprise de découvrir des croquis du grand Pier Paolo Pasolini et d’autres de Fellini sur ses tournages. Enfin, des dessins prêtés par la Collection Ramo de Milan déclinent les grands mouvements picturaux italiens : Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Fortunato Depero, Gino Severini pour le Futurisme ; Giorgio De Chirico pour le Surréalisme ; Pierro Manzoni pour l’Art conceptuel ; Gioanni Anselmo pour l’Arte Povera, ; Mimmo Paladino pour la Trans-avant-garde, pour ne citer qu’eux. Ailleurs encore, mention spéciale pour Chiara Gaggiotti et son œuvre silencieuse, presque « méditative ». 

 

Christian Boltanski, installation Animitas..., 2017

  À l’église Sainte-Anne, une autre collection de choix, celle de Marin Karmitz, sous l’intitulé assez ironique Et la vie continue… présente, évidemment, une très intéressante sélection d’œuvres. L’installation sublime, adjectif trop souvent dévoyé, mais ici au cœur de l’expérience humaine, de Christian Boltanski, disparu en 2021, Animitas (blanc), île d’Orléans Canada comprend son film avec 800 clochettes japonaises balancées par le vent, dont le tintement évoque « la musique des astres et la voix des âmes flottantes. » Elles dessinent la carte céleste du jour de naissance de l’artiste, le 6 septembre 1944. Un hommage discret à Stéphane Mandelbaum, découvert l’an dernier dans la collection d’Antoine de Galbert, pour mémoire assassiné en 1986, avec L’Empire des sens, d’après le film éponyme. Et puis de nombreux dessins de grands noms, de Louise Bourgeois à Andy Warhol, en passant par Bernard Dufour, Oskar Schlemmer, et tant d’autres. Un érotique d’Yves Tanguy pourrait évoquer le livre au contenu similaire de Benjamin Péret, Les rouilles encagées.

 

   Au musée Réattu, un prêt de la Bibliothèque Nationale de France, nous fait découvrir un « célère inconnu » : Nicolas Lagneau, illustrateur français, ayant vécu entre le 17ème et le 18ème siècle, et ses modèles presque vivants ; dans le même ordre d’idées, l’architecte Jean-Jacques Lequeu (1757-1826) qui n’a rien construit de son vivant mais réalisés des plans fantastiques et des portraits mystérieux comme Le grand bailleur. Sans oublier le grand Théophile Alexandre Steinlen et sa reprise des Danses macabres du Moyen Age. A la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, des dessins terribles de l’artiste autrichienne d’origine rom, Ceija Stojka (1933-2013) qui relatent sa déportation, âgée de 10 ans, par les nazis, lors du génocide, Samudaripen en romani. Ces œuvres tardives et son récit donnent une représentation de sa situation dans un décalage temporel très saisissant ; en effet comment rendre compte d’une expérience vécue à dix ans lorsqu’on se trouve aux alentours de la cinquantaine. Une exposition au musée des Beaux-Arts et d'archéologie de Besançon (Doubs) se tient jusqu'au 21 septembre 2026. Au Croisière, Ofer Joseph, artiste israélien, a réalisé des dessins effrayants et redoutables dans la tradition goyesque. Formé à Paris, il s’est aussi consacré à de saisissants dessins de félins en séjournant longuement en Amazonie. Enfin à la fondation Lee U Fan une belle exposition de la sculptrice Germaine Richier avec ses insectes, dont la Mante religieuse rouge. Des séries d’Eve Gramatzki, artiste rare, qui travaille très subtilement les effets chromatiques rythmés par des tracés à la mine de plomb. Hélas, un problème d’éclairage sans doute lié aux verres de protection, rend très peu perceptible cette monstration, ce qui est fort dommage.

 

Dessin de Jean-Jacques Lequeu, prêt BNF

  Pour terminer, une suggestion concernant l’exposition de ladite « Jeune garde », soit les étudiants de trois écoles d’art (Paris, Florence, Athènes) au rez-de-chaussée de la Chapelle du Méjean : le surnombre d’œuvres conduit à un échantillonnage peu convainquant. L’hétérogénéité liée à cette situation crée une dilution du regard. Ne vaudrait-il pas mieux réaliser trois expos personnelles pour chaque candidat ou candidate issue de chaque institution, après une sélection interne ?

 

                                                                                                                                                    Christian Skimao

 

 

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