vendredi 5 juin 2026

Expositions d'été (Shilpa Gupta, Jumana Manna, Geumyhung Jeong, Kim Gordon), Collection Lambert, Avignon, 2026

 

Expositions d’été 2026

Le murmure des Libres avec Shilpa Gupta, Jumana Manna, Geumyhung Jeong

Stories for a body de Kim Gordon

En attendant ton retour de Melika Saheghzadeh

Collection Lambert, Avignon

Du 24 mai au 20 septembre 2026

 

 

Jumana Manna, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026

 

            Femmes au bord de la crise de civilisations

 

 Une trilogie féminine « murmure » et balaye des zones géographiques allant, pour nous Européens, du Proche-Orient (Jumana Manna, palestinienne), à l’Extrême Orient (Geumyhung Jeong, coréenne), en passant par le sous-continent le plus peuplé du monde (Shilpa Gupta indienne). Un autre périple se poursuit vers l’Ouest avec Kim Gordon (américaine).

 

   Jumana Manna propose des constructions en céramique sur des grillages reposant sur des parpaings en cours d’effritement, Family, série Cache (2022). Ces formes, plus ou moins polymorphes, travaillées de façon très sensuelle, cuites au four et recouvertes de tadelakt s’inscrivent dans un rapport entre le bâtiment et la famille. À l’origine, l’artiste questionne la khabya, une méthode traditionnelle de conservation des grains dans les maisons. Des morceaux de pain, factices, de toutes origines, agonisent doucement, se couvrant de fausse moisissure et présentant un aspect de décomposition. Cette symbolique d’un monde en fragmentation se retrouve aussi dans le film Foragers, qui met en lumière les tensions entre modernité et tradition, sur fond de luttes entre deux communautés, pour la terre et ses produits, ici le za’atar (thym) et l’akkoub (artichaut) sur le plateau du Golan.

 

Shilpa Gupta, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026

 Shilpa Gupta propose, d’un côté, une série de dessins représentant des forces de l’ordre de divers pays, sans qu’il soit possible de les reconnaître exactement, en train d’embarquer des manifestants. Ces derniers disparaissent aussitôt de la scène, formes vides, qui participent à leur invisibilisation. Ce procédé simple et redoutablement efficace, nous prépare à l’installation Listening Air. Des microphones, suspendus au plafond, se transforment en haut-parleurs qui diffusant des chants de résistance de différents pays. Une chanson, d’après un poème de Faiz Ahmed Faiz, poète pakistanais, en ourdou se trouve également chantée en hindi, en Inde. Nous sommes surpris de reconnaître Bella Ciao, chant des repiqueuses de riz de la plaine du Pô, devenu hymne des partisans italiens pendant la guerre civile italienne de 1943 à 1945 et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, la jeunesse occidentale l’a continuellement repris lors des manifestations. Dans cette obscurité complice, faiblement éclairée, les voix du monde redonnent espoir.

 

Geumyhung Jeong, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026

  À l’étage, Geumyhung Jeong occupe l’ensemble avec des tables de dissection, si j’ose dire, avec des reproductions d’os humains et des mécaniques robotiques, parfois mêlées au sol. Intitulée Under Construction, cette vaste installation propose donc une hybridation impressionnante. Un atelier et de nombreux écrans de contrôle offrent un cadre évolutif et se prêtent à de possibles performances où l’artiste remplit divers rôles : celui du savant fou, de l’ingénieur sachant, de l’artiste maudit ou encore de la danseuse du futur. Un ballet de possibles où même l’échec offre un renouveau poétique pour le public.

 

Kim Gordon, installation, vue partielle, Collection Lambert, 2026

  La grande Kim Gordon, artiste historique, a été membre fondatrice du groupe Sonic Youth, plasticienne, performeuse, critique, etc. et occupe la totalité des salles du sous-sol. Dix années de productions récentes s’y trouvent : des peintures-manifestes sur toiles, au mur ou par terre, The Promise of Originality (2010), des gestuels réalisés à même le mur, un amoncellement d’écrans mimant un bûcher, The Bonfire (2019), des peintures référencées , Lay Down Thy Limbs (2019) et d’autres vidéos à voir dans le cadre d’une démonstration plastique avec guitare, Jeanetta and Alex (2026). L’ensemble nécessite de se laisser happer par toutes ces facettes qui montrent un monde déboussolé et kaléidoscopique. De petits buissons verts, en plastique, délicieusement horribles, ponctuent la visite, allusion à la pseudo-nature présente dans les malls américains.

 

Melika Saheghzadeh, installation, Collection Lambert, 2026

  Pour conclure, la création d’un espace nommé « Antichambre de l’été », coup de projecteur sur de jeunes artistes locaux : Melika Saheghzadeh avec En attendant ton retour. Iranienne, elle présente, autour d’une thématique de l’habitation, une association entre des grenades blanches en plâtre, certaines fracassées et posées au sol, et 80 gabarits d’ébénisterie, en suspension, accompagnés de poèmes de l’artiste. L’ensemble flirte entre mélancolie et puissance des contes.

 

                                                                                                                               Christian Skimao

 

 

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